vendredi 10 août 2012

La femme et l'enfant

En voilà une bien jolie maman se dit Julien en rentrant dans la rame de métro. Sur le strapontin du fond, une jeune femme au charme discret se penche au-dessus d’une poussette, tout sourire. Pas de bijou, pas de maquillage, un simple chemisier léger et une jupe pastel. Très féminine. Quelque chose dans la douceur de son sourire, la grâce de ses mouvements. Il n’y a plus de places assises, Julien va s’adosser à la porte opposée du métro, entre les strapontins. D’ici il pourra observer le bambin et sa jolie maman. Il aime bien les bébés et cette façon candide qu’ils ont de sourire à n’importe quel inconnu en échange d’une simple grimace. 

Mais dans la poussette, il ne trouve qu’une poupée. Un bébé en plastique qui fixe le plafond avec des yeux bleus vitreux, une expression béate moulée à la chaîne dans une usine chinoise. Sa « mère » l’observe avec tendresse et caresse le plastique rosé de ses joues du revers de la main avant de jeter un coup d’œil discret à Julien. Elle est belle. Elle rayonne. Cette femme est folle à lier, mais elle irradie d’une beauté qui lui crève le cœur. Alors il lui rend son sourire et fait mine de s’intéresser au « bébé ». Il sourit au jouet et fait quelques signes de la main, comme pour attirer son attention. Il se trouve un peu idiot de jouer  à la poupée dans le seul but d’attirer l’attention de cette femme dérangée. Lui, un jeune homme si raisonnable d'habitude. Soudain, il réalise que la poupée le suit des yeux. Son sang se glace d’effroi. Le jouet plastique ne le quitte plus du regard, suivant le moindre de ses déplacements. Julien fait instinctivement quelques pas en arrière et vient buter dans la porte derrière lui. Les deux billes de plastique bleues ne perdent pas une miette du spectacle.
- "Allons, ne fixe pas le monsieur comme ça Elvis, ça ne se fait pas !" le gronde sévèrement sa mère en lui tapant violemment sur les doigts. La poupée ne bronche pas, les yeux toujours rivés sur lui. La femme se rapproche de Julien et pose sa main sur son avant-bras.
- "Excusez-le monsieur… Il n’est pas comme ça d’habitude. J’ai l’impression qu’il vous apprécie beaucoup." Sa voix est suave et chantante. Sa main est chaude, douce, rassurante. Le contact de leurs peaux se prolonge. Un peu trop longtemps pour de simples inconnus. Au bout d’un temps qui semble une éternité, elle laisse doucement glisser sa main sur son bras jusqu’à ce que leurs doigts se touchent. Les yeux verts de  la jeune maman sont plongés dans les siens. Le cœur du jeune homme bat fort, c’en est presque douloureux. Il est très mal à l’aise, mais cette femme remue quelque chose en lui qu’il ne comprend pas. Une sensualité féroce. Peut-être ses seins nus qu’il devine sous le tissu léger. Ses jambes finement galbées. La façon dont le tissu mou de sa jupe ne cesse de remonter sur ses cuisses. Il finit par craquer et détourne les yeux tandis que la femme retourne s’asseoir. Dans la rame, tout le monde le fixe. Des regards mauvais, inquisiteurs. Une sueur froide parcourt son échine. Il n’a rien demandé à personne, mais ce matin, le sort semble vouloir s’acharner contre lui. Le métro s’arrête. Buzenval. Personne ne rentre, personne ne sort. Encore une station et il pourra sortir de cette rame. La sonnerie retentit et le métro repart. Fermant les yeux, il prend une longue inspiration. Plus qu'une station…

Lorsqu’il ouvre à nouveau les yeux, le baigneur en plastique est toujours là, à le fixer. Une poupée grossière à la peau rosée, une petite bouche perpétuellement entrouverte dans un rictus malsain. Impossible que ces yeux le suivent réellement. Il doit être trop fatigué. Il s'imagine des choses. Mais quand le jouet tente de jaillir hors de son lit, Julien manque de hurler. Son dos vient heurter violemment la porte du métro. Le bébé se met à mouliner furieusement des bras et des jambes dans un chuintement plastique. Les sangles de la poussette le retiennent. Sa petite bouche continue de sourire, ses yeux ne lâchent pas leur cible. Aucun son ne s’échappe de lui. La chose se débat frénétiquement, battant des pieds et des mains dans tous les sens dans un silence de mort. Dans la rame, personne ne semble rien remarquer d’inhabituel. Chacun lit son journal, écoute de la musique, regarde les parois défiler. Les gens agissent comme si de rien n’était.
- "Alors tu as faim mon petit ?" demande la jeune femme depuis son strapontin.
- "Maman va te donner à manger." Lentement, elle déboutonne son chemisier. Le tissu glisse sur sa peau d’albâtre pour laisser apparaître deux seins pleins et tendus. Par pur réflexe pudique, Julien tente de détourner les yeux, mais son corps ne lui répond plus. Aucun muscle ne réagit. La panique l’envahit tout à fait. Il veut crier, mais il n’y arrive pas. D’une main, la femme détache le baigneur furieux et l’amène contre sa poitrine. Incapable d'émettre le moindre son, le corps paralysé, il regarde la scène, impuissant. Le bébé se met à téter goulûment, pressant le sein des ses deux bras plastiques, sans jamais quitter Julien du regard. La mère aussi le regarde. Il y a quelque chose de lascif dans son expression. D’une main elle appuie la tête du baigneur contre sa poitrine. Son autre main glisse délicatement sous sa ceinture, s’insinuant lentement. Doucement, ses jambes s’écartent, faisant remonter sa jupe au ras des cuisses. Sa main s’active sous le tissu dans un bruit humide. Le jouet continue de téter avec force, laissant échapper un filet de liquide noir et épais à la commissure de ses lèvres. La jeune femme ferme les yeux. Ses lèvres s’entrouvrent dans un murmure plein d’extase tandis que les mouvements de sa main s’intensifient sous la jupe. Le baigneur a fini de téter et regarde Julien avec contentement. Son petit corps rose en plastique est barbouillé du liquide noirâtre qui continue de s’échapper en un flot régulier du sein tuméfié de sa mère.

Julien n’arrive pas à se réveiller. Il a beau savoir que tout ça n’est qu’un horrible cauchemar, il est incapable de se sortir de ce rêve. Le métro ne semble jamais vouloir s’arrêter de rouler. La nuit ne fait que commencer.

jeudi 26 juillet 2012

Toutes les femmes sont belles

La beauté des femmes me suffoque. Comme un choc violent à la poitrine. Tout l'air de mes poumons s'enfuit, remplacé par un mélange de sentiments. Le désir, mais pas seulement. De la gratitude un peu aussi.

La beauté d'une femme pour moi, ce n'est pas un ensemble de critères esthétiques précis. C'est quelque chose de plus ténu, volatile. Une impression, une sensation. Rien de tangible, rien de durable. Une mèche de cheveux, la forme d'une bouche, la pâleur touchante d'une peau, le ton sensuel et ambré d'une autre, le pétillant d'un regard, la langueur d'une démarche, un bracelet qui tinte, des lunettes qui habillent, l'élégance d'un corps deviné au travers de vêtements légers, l'opulence de formes à peine cachées, une attitude, un parfum...Mon coeur bat fort alors. Envie de les enlacer par la taille, de caresser leur corps nu, de glisser ma main dans leurs cheveux, de déposer un baiser au creux de leur nuque. Le désir se fait tantôt violent et charnel, tantôt tendre et bienveillant.

J'aimerais leur dire que je les trouve belle, qu'elles comprennent que je le pense vraiment. Loin de la flatterie ou du compliment facile, j'aimerais leur faire comprendre que chaque jour, chacune d'elle m'apporte quelque chose. Qu'elles ressentent cette beauté que je leur ai trouvé, c'est le remerciement que j'aimerais leur donner. Parce qu'elles donnent du goût à mes journées, je me sens un peu plus vivant.
A présent je réserve ces déclarations à la personne qui compte le plus pour moi, mais sachez que je n'en pense pas moins pour autant. L'amour n'a rien à voir là dedans. Si un jour, dans le métro, vous surprenez un regard un peu traînant de ma part, voilà à peu près ce que j'aurai aimé vous dire:

"Excusez moi de vous prendre au dépourvu de la sorte, mais sachez que je vous trouve très belle. Passez une bonne journée. Au revoir."

lundi 16 juillet 2012

Amitié. Stalking. Même combat.

      Je vois leurs photos sur Facebook, sur Instagram. Leurs soirées ont l'air folles. Putain, pourquoi moi j'ai pas été invité. C'est pas comme si c'était la première fois que je les voyais. C'est pas comme si on avait pas fait des dizaines et des dizaines de soirées ensemble. Quand je regarde les statuts qui défilent dans ma fenêtre Chrome, les photos et autres events que je vais rater, j'en viens à me demander ce qui fait que je ne resterai jamais pour eux qu'une connaissance parmi tant d'autres.

     En amour, il y a la friendzone, mais en amitié qu'est-ce qu'il y a? La juste-une-connaissance-zone? La we-know-each-other-for-sometime-yet-we-are-not-that-intimate-zone ? C'est une sensation assez désagréable de savoir que c'est déjà la fin du chemin. Que ces personnes m'ont déjà donné tout ce qu'elles avaient à me donner,  qu'elles n'ont plus rien à m'offrir. Un sourire, une bonne blague, deux minutes sur un balcon pendant que je fume ma clope. Et voilà, c'est fini. En fait, je ne saurai jamais vraiment rien de leur vie. De leurs peines, de leurs joies, de leurs inquiétudes. Je leur souhaiterai un joyeux anniversaire via facebook parce que j'aurai peur de trop en faire en leur envoyant un texto. Ils me répondront "Cool! Merci!".

      Mais je ne leur en veux pas. Je suis un peu jaloux de leurs amis à eux. Nous avons chacun des cercles d'amis assez vastes, et à nos âges ce qu'on recherche avant tout, c'est resserrer les liens avec ses amis proches plutôt que de diluer son temps sur trop d'amitiés. C'est comme ça, qu'on perd des amis. C'est comme ça qu'on empêche de nouvelles amitiés de se créer. Mais c'est naturel. C'est inexorable. Je comprends, mais ça ne m'empêche pas d'être triste.

     Moi de mon côté, j'aurais aimé plus tout de même. J'ai toujours accroché, et j'accroche encore. A leur personnalité, leur humour, leur talent. Nous avons tellement en commun, mais par pudeur je ne m'imposerai jamais, parce que je n'aimerais pas qu'on me le fasse. Parce que moi aussi, bien entendu, j'ai mis, de façon plus ou moins consciente, pas mal de monde dans cette zone qui interdit les rapports sincères et profonds.

     Alors comme un amour secret, je cultive mon affection à sens unique en stalkant l'Internet multimédia 2.0. Facebook. Twitter. Instagram. Tout est bon pour en savoir plus. Me gaver de fausse intimité. De photos. De gossip qui ne me regardent pas. Bref, je suis creepy. Mais toi aussi.

mercredi 27 juin 2012

Phénomènes extraordinaires

      Rien que d'y repenser, ma poitrine se serre. Ce sont des doigts fébriles qui attaquent le clavier de l'ordinateur. J'ai besoin d'en parler, j'ai la sensation que si je ne le fais pas, je vais exploser. Je viens d'être témoin de l'expérience la plus vraie, la plus forte et la plus touchante et déchirante à la fois. Ca a emporté une partie de moi. D'une certaine façon je ne serai plus jamais le même. J'ai vu la foudre s'abattre si près que j'ai cru en mourir. Un amour instantané tombé du ciel à la vitesse de la lumière sur un presqu'inconnu assis en face de moi.

      Le coup de foudre, je n'y croyais pas avant aujourd'hui. Si vous pensez que j'étais cynique, vous êtes loin du compte. Ceux d'entre vous qui me connaissent, le savent, je suis un rêveur doublé d'un grand romantique. Je crois en l'amour, je crois en la passion dévorante qui fait trembler les corps. Mais les livres, les films et la télévision ont tellement utilisé, rabâché, et détourné cet amour inconditionnel au premier regard qu'il en est devenu un mythe à mes yeux. Une chimère. Du bonheur à l'hollywoodienne. Les femmes de ma vie m'ont conquis, avec pugnacité. Une lutte quotidienne pour obtenir le monopole de mon coeur. J'avais donc du mal à imaginer qu'une si parfaite et totale reddition puisse exister. Mais ce que j'ai entrevu dans les yeux de ce quasi inconnu, le miracle dont tout le monde parle mais que personne n'a jamais vécu.

      Assis tous les deux à la terrasse d'un café parisien, nous attendions la venue de X, notre ami commun. C'était la première fois que nous nous retrouvions seuls tous les deux sans la présence d'une tiers personne. Il était de ces "amis" que l'on ne voit qu'aux soirées des autres. Assez souvent pour se souvenir de nos prénoms ou pour apprécier notre compagnie mutuelle, un verre à la main. Mais pas assez souvent apparemment pour ne pas se trouver gêné par un long silence qui s'installe. En avance l'un comme l'autre à notre rendez-vous, nous échangeâmes des banalités polies, des souvenirs et anecdotes mondaines, feignant une complicité surfaite. Pourquoi ne pas profiter de ce moment pour mieux faire connaissance? Repartir sur de réelles bases amicales? C'eût été admettre que les simagrées que nous venions d'échanger n'étaient que de la poudre aux yeux. La timidité et la maladresse sont l'apanage des hommes.

      Après un chassé croisé de regards fuyants, j'aperçus au loin derrière lui, une femme qui se rapprochait. Corsaire ocre, talons aiguilles rouges, tunique chamarrée au tissu léger laissant les épaules pratiquement nues. Une belle métisse aux cheveux coiffés en une longue natte reposant au creux de la clavicule. Apprêtée avec goût, sans excès. Le genre de beauté qui ne me touchent pas d'habitude, et pourtant mes yeux ne pouvaient se détacher tandis qu'elle avançait vers nous, sans doute pour s'installer en terrasse elle aussi. Bientôt je fixais mon regard sur mon "ami", absorbé dans l'étude des nuages au dessus de mon épaule. Je voulais ne rien rater de sa réaction lorsqu'il verrait apparaître la féline créature.

      Distraitement, ses yeux l'accompagnèrent du regard alors qu'elle dépassait notre table pour s'installer. Curiosité paresseuse du mâle Lambda. Et puis, comme si quelque chose d'étrange avait capté son attention, il commença à se redresser pour mieux l'observer. Une lente ascension. Peut-être quelque chose dans la grâce de ses mouvements. La bouche entrouverte, sans un mot, il la fixa plus attentivement. Avant qu'un orage n'éclate, on ressent comme une tension électrique au niveau de l'épiderme. Les poils des bras se dressent. A fleur de peau. En observant les pupilles de mon "ami" se dilater c'est ce que je ressentis. Sans doute le reflet du Soleil sur la peau cuivrée de son cou. Peut-être cette mèche de cheveux qui avait échappé à la brosse et qu'elle remit d'un geste négligé en s'asseyant sur son siège en osier. Je devenais peu à peu transparent. Le monde entier était en train de disparaître autour d'elle. Les mains de mon acolyte agrippèrent soudain la table, et tout dans son corps indiqua qu'il était sur le point de se lever, saisi d'une folie passagère. Ça tient à peu de choses. La clarté de ses yeux noisettes. La façon élégante qu'elle eut de croiser les jambes. Cette petite langue rose qui vint attraper la paille de son diabolo. Les poumons de mon voisin se gonflèrent violemment. Comme s'il s'éveillait d'un rêve oppressant. Comme si c'était la première fois de sa vie qu'il respirait. Sous mes yeux, elle venait de frapper. La foudre. 
      Cet homme d'habitude si ordinaire, venait d'être transfiguré sous mes yeux en une existence supérieure. Je me sentis tout à coup ému aux larmes. Chaque fibre de son être se mettait à vibrer à l'unisson. On eut dit, l'espace d'un instant, qu'il dégageait de la lumière. Terriblement gêné aussi. J'assistais à cette scène si intime, mais qui étais-je pour lui? A peine une connaissance assistant au plus bel évènement de sa vie. Je ne me l'avouais qu'après coup, mais j'étais incroyablement jaloux également. Des sentiments que jamais je ne connaîtrai le possédaient si violemment qu'il failli en éclater. Il voyait soudain avec des yeux nouveaux, des choses que je ne verrai sans doute jamais. Investi par un désir de vivre et d'aimer d'une intensité hors de portée des simples mortels.

      Je ne sais pas si vous avez jamais été témoin d'une pareille scène, mais si oui, vous comprendrez alors pourquoi j'ai voulu la partager avec vous. C'est incroyablement beau, et ça m'a rendu si triste pourtant. Il a été voir la fille bien entendu. Les fous ne connaissent pas la timidité ni la peur, l'amour donne des ailes. La suite de l'histoire, je ne la connais pas. Je suis parti juste après. Je n'avais plus ma place dans ce tableau. L'effroyable sensation de n'être né que pour cet instant m'étreint. Etre le témoin de ce moment fugace où l'homme se transforme en dieu. Quand l'amour déchire le cocon d'une existence. Une chenille condamnée à regarder voler les papillons, pour toujours.  

mardi 12 juin 2012

Influence

         Je suis influent. Dix mille deux-cents trente et une personnes attendent chaque jour que je dise quelque chose d'intéressant. Je suis drôle alors je n'ai pas vraiment à me forcer. Je fais une blague, 135 personnes me retweetent. Je fais une photo de mon sandwich, 239 personnes aiment. Je dis que je vais chercher du lait à la supérette du coin, un millier de personnes me propose une bouteille. Je suis leur télévision, mais j'existe en vrai. Ils cherchent désespérément à attirer mon attention et ça m'exaspère. Je n'ai pas envie de lire leur blog, je n'ai pas envie de répondre à leur DM. Je ne connais pas ces gens, ils me font peur. Mais je leur dois beaucoup. Ils m'énervent. Je leur dis que ce sont des connards: "LOL t'es trop drôle!". Je chie sur leurs opinions gratuitement et ils s'excusent de les avoir un jour eu. Je lance des polémiques juste pour les voir se sauter à la gorge en mon nom. Certains me détestent et continuent de me suivre uniquement pour me pourrir l'existence. Ceux-là je les aime bien. Ils me font rire. Quand j'en ai marre, je les jette en pâture à mes bigots qui les dévorent tout cru. 
      J'ai beaucoup d'amis. Je vais à beaucoup de soirées. J'ai des invitations pour des spectacles et des festivals. Je rencontre beaucoup de gens. J'ai toujours un truc rigolo à leur dire: "Eh regarde, j'ai fait un GIF avec un chat qui fait caca dans la bouche d'un bébé." Je ne dors jamais. Parfois je me sens seul alors je leur parle, et ils me répondent. Je suis brillant et je suis content que les gens le reconnaissent. Ce que je n'aime pas c'est qu'ils soient tous si bêtes et inutiles. J'aimerais les gifler mais ils sont trop loin. Alors je les insulte pour qu'ils arrêtent de me suivre. Mais même ça, ça ne marche pas.
       Et des fois je travaille aussi. Au moins, là on me fout là paix. Mais je sais qu'ils grouillent dans l'ombre, attendant des miettes de moi. Une armée d'idiots courants en tous sens en attendant que je leur donne un ordre. Un signe. Une parole. Un GIF de lolcat. L'angoisse.

lundi 4 juin 2012

ProlapsPoésie

NDLA: Je voulais m'essayer à la poésie, en traitant un sujet méconnu.
Ne criez pas à l'hérésie, à bon entendeur salut! (Putain ça rime!)


Pratique primale pour certains
Sujet sensible s'il en est.
Jeux de mains, jeux de vilains?
Voyons l'effet que cela vous fait.

Dépassement du soi physiquement,
Où quand l'homme se transforme en gant.
Découverte intestine
Joie enfantine
Exposer, exhiber son moi profond
A celles et ceux qui le voudront.

Dévoiler son jardin secret:
Une fleur exotique au parfum entêtant.
Pourtour de pétales roses acidulés
Comme ornement d'un gouffre béant.

Célébrons le grand retournement
De la raison et de son fondement.
Sensations phénoménales
D'un prolapsus rectal.

lundi 28 mai 2012

You picked the wrong guy...

      Ca t'apprendra petit fils de pute! Tu m'as volé mon portable, moi je vole ta vie. Semer le vent, récolter la tempête. Ca te dis rien peut-être? C'est vrai, tu n'écoutes sûrement pas en cours. Tu n'as que ce que tu mérites enculé! Voilà ce que ça veut dire : tu vas crever connard! Toi qui jouais les fiers à bras..."Eh mec tu me prêtes ton portable? J'ai un appel super important à passer. Juste 30 secondes." Bien sûr j'ai répondu non. Je suis pas un couillon, et je me suis pas acheté un GS2 juste pour le filer à n'importe qui dans le RER. Alors, je me suis pris un coup de poing en plein sur la joue. Je n'ai senti la douleur qu'après. J'étais déjà le cul par terre et tu enchaînais avec des coups de pieds dans les côtes. "Tu m'le files maintenant ton portable enculé?" Tu n'aurais jamais du faire ça tu sais. Tu es la goutte qui as fait déborder mon vase. Le connard de trop dans une vie de merde. Tu payes pour les autres. Facile de te retrouver, tu es resté dans ma rame tout le reste du voyage à te pavaner et me traiter de "PD !".
      Ce que j'ai préféré, c'est ce visage surpris quand la lame s'est enfoncé la première fois dans ton ventre. Genre "putain il est ouf ce mec!" Ce genre de regard. Genre toi t'as le droit de me tabasser pour me piquer mon portable, mais moi je peux pas te filer un coup de couteau? J'ai pas trop suivi ce que t'as essayé de me dire ensuite. Sûrement une insulte. Un deuxième coup dans les poumons MEC, ça t'apprendra la vie. Et que je gargouille et que je fais des bulles quand je respire. Alors mec, t'es un dur ou pas? Pourquoi tu te pisses dessus alors enculé? T'as vu ce qu'il te fait le "PD"? Personne n'a rien remarqué. Tu penses, les gens ne veulent surtout rien voir. Ils ont fait quoi les gens quand je me suis fait dépouillé? Que dalle! Ils ont fait que dalle ces enfoirés, et ils feront rien pour toi MEC! Faut pas me regarder comme ça tu sais, ça va rien changer. Au contraire, ça me donne des idées. Le train suivant arrive déjà en gare : on parie qu'il te verra pas à temps MEC? Je vais enfin savoir à quoi ça ressemble quand un type se fait rouler dessus par le RER. Toi aussi tu vas savoir! T'es pas content MEC? Le train arrive, t'es prêt MEC? 3...2...1...

mercredi 16 mai 2012

Souvenirs de vacances (2)

Au cas où vous débarqueriez, le début de l'histoire c'est ici: Souvenirs de vacances.

Je me réveille en sursaut. L’espace d’un instant, je me suis assoupi sur mon transat près de la piscine. Rapidement, je vérifie que personne ne s’est aperçu de mon absence passagère. Les animateurs font un sketch à la Benny Hill en se courant après autour de la piscine accompagnés par la musique ringarde de l’émission. Aux 4 coins de l’esplanade, fusil à l’épaule d’autres animateurs surveillent la scène. Ils ont l’air moins détendus, eux.

Comment ai-je pu m’endormir dans ce vacarme ? C’est sûrement l’alcool. Le bar de l’hôtel nous en sert à volonté. Coup d’œil au bracelet rouge à mon poignet. Sur simple présentation de ce petit bout de plastique, cocktails et buffets à volonté. Boire et manger, ça nous occupe. Boire surtout, ça nous fait tenir. Ça nous fait oublier aussi. Oublier le gros René. Plus large que haut, les joues rouges et la blague facile malgré l’adversité. Il a simplement refusé de participer au tournoi de pétanque du 2e jour. D’un coup de machette, ils lui ont ouvert le ventre devant tout le monde. Ses entrailles se sont répandues instantanément à ses pieds dans un chuintement visqueux. Boire pour oublier ses cris d’agonie, son visage. Les animateurs nous ont forcés à faire la chorégraphie du club devant lui. Les réticents se sont pris une balle dans la tête. Les autres ont dansé. J’espère qu’il aimait la Macarena car c’est la dernière chose qu’il a vu avant de s’effondrer dans ses propres entrailles.

Boire c’est tout ce qui nous reste. Même se nourrir est devenu une épreuve. Au réfectoire, parqués les uns contre les autres, nous effleurons à peine nos assiettes. Qui pourrait avoir de l’appétit dans pareille situation, à part Wallid peut être. Le chef des animateurs se bâfre tous les jours. Se goinfrant joyeusement à tous les repas, faisant d’innombrables aller-retour jusqu’au buffet, un sourire joyeux aux lèvres. Un adolescent en pleine croissance. En d’autres circonstances, il en serait presque attendrissant de naturel. Souvent, il vient s’assoir avec nous pour faire la conversation. « Alors, ça va le jeunes ? ». Que voulez-vous répondre à ça ? Je fixe mon assiette avec intensité en pensant à autre chose. A René, le gros syndicaliste qui n’a pas voulu fermer sa gueule. Comment honorons-nous son courage ? En riant jaune aux blagues graveleuses des animateurs ? En bronzant au bord de la piscine ? En applaudissant au spectacle chaque soir ? Le spectacle…Ca me revient soudain, il faut que je me dépêche d’aller en salle de répétition. Je dois m’entraîner pour le spectacle de ce soir : Dirty Dancing. Je fais la fille, Baby. Le porté est difficile. Qui sait ce qu'ils pourraient nous faire si on venait à le rater.

Je me dégoûte. Une bande de rats, de lâches. Voilà ce que nous sommes.