vendredi 24 avril 2009

Auto-portrait Biélorusse

Parce que j'ai jamais compris pourquoi ça s'appelait un portrait chinois, j'ai décidé de rebaptiser ça comme ça. Donc je vais essayer de vous faire comprendre qui je suis en vous parlant succinctement de ces oeuvres qui ont fait de moi et de ma plume ce que nous sommes à l'heure actuelle.

En attendant Godot - Samuel Beckett

J'ai 17 ans et je n'ai jamais vraiment aimé lire. Et puis voilà qu'on me fout cette bombe dans les pattes car elle est au programme. Gloire à l'Education Nationale! Stupéfait, je découvre que bien avant moi, des gens ont cultivé et élevé en art le sens de l'absurde qui m'a toujours été si cher. Luttant contre une littérature et un théâtre figé dans des conventions surannées avec pour seule arme un enchevêtrement de mots, de situations, de dialogues complètement absurdes.
Bref, mon premier déclic.

Frédéric Beigbeder - 99F

Je le découvre tardivement avec 99F, alors que les rumeurs et les critiques se sont étouffées. Je lis ce livre avec un sourire aux lèvres en me demandant ce que ce connard pourra bien inventer de pire. Je lis la trilogie des Marc Marronier en entier et bien malgré moi je deviens fan du petit bourgeois décadent à lunettes. Des phrases chocs qui sonnent comme des slogans de pub. Des situations débiles mais vrai. Un sens de l'ironie, du caustique, de l'humour noir. Il joue avec les mots et fait sonner tout ce qu'il peut de façon accrocheuse, voir parfois racoleuse. Je n'y peux rien: j'aime beaucoup.

Charles Bukowski - Contes de la folie ordinaire

Le vieux Hank je l'ai découvert en école d'ingénieur alors que je commençai à peine à vivre de mes propres ailes. Découvrant ce qui est beau et ce qui est moche. Je lis Conte de la folie ordinaire. Une grande baffe dans la gueule. Ce type est sale et alcoolique. Il parle de baise, d'alcool, de courses hypiques. C'est un vieux dégueulasse qui regarde le monde comme si c'était un gros tas de merde qu'il s'apprêtait à envoyer aux égouts en tirant la chasse d'eau. Un sacré misogine aussi. Mais c'est un génie. Il raconte une vie hallucinante dans des nouvelles plus tordues les unes que les autres. Dans ses bouquins il y a des putes robots, des mecs qui se font rapetisser pour servir de godemichet, des singes volant qui font la course jusqu'à Washington, et surtout que de cuites, des road trip, des femmes et du cul... Des concentrés d'une vie alcoolique, désabusée, mais vécue à fond. Je t'aime vieux salaud!!

Henri Miller - Sexus

Je suis au Japon, dans une ville de merde, avec un boulot de merde. Je suis loin de tout, je me fais chier et je me sens seul. Ma copine me manque et ma vie sociale est misérable. Une amie branché littérature m'avait regardé dans les yeux à Paris et m'avait dit: Lis la trilogie 'La crucifixion en rose' de Henri Miller. Je la connaissais pas vraiment cette bonne femme à vrai dire, mais elle m'avait bien cerné la garce. Je sors 'Sexus' de mon sac. C'est le premier Tome et il est énorme. Ca me fait un peu peur. Et puis je me lance. C'est une auto-biographie qui parle de ses amours et d'une certaine époque de sa vie. Justement, sa vie, elle lui sort pas les trous de nez. Il la transpire par chaque pore de sa peau. La vie, la vrai. Il en déborde et il étouffe dans ce monde de merde où on doit se battre jusqu'à en crever pour faire ce qu'on veut vraiment faire dans la vie. 'Sexus' c'est aussi et surtout une ôde fantastique au sexe et à l'amour. Il n'utilise pas de métaphores à la con à base fleurs et d'abeilles qui butinent. Un chat c'est un chat et une chatte c'est une chatte. Grâce à ces mots, il décrit formidablement la beauté du sexe avec la personne qu'on aime. La passion, la sueur, les peaux brûlantes en friction, l'extase des sens. Il a changé ma plume et ma façon de penser de façon indélébile.

Paul Auster - La nuit de l'Oracle

Un auteur qui parle d'un type qui écrit. Un roman dans un roman. Jeux de mirroirs. L'écriture est fluide et envoutante. Une immersion totale pour peu qu'on ai certaine affinité avec l'écriture. Dans les romans de Paul Auster il plane toujours une atmosphère mystérieuse. Tu ne saurai pas dire comment la magie opère, mais quelque chose va se produire, et cette sensation s'épaissit au fur et à mesure du livre puis explose dans une fin étrange, presque fantastique. Mais la vie est étrange, parfois à tel point que ça n'en est plus réel. Les coïncidences...

Bon bah voilà. Ce sont un peu ces types qui ont fait de moi ce que je suis à l'heure actuelle. Merci les mecs!
N'hésitez pas à mettre la main sur un de ces bouquins, ils sont assez courts (sauf Sexus qui est énorme, mais trooop bien!) et se lisent très facilement.

2 commentaires:

Potemkin a dit…

Haha, nous avons parlé de tous ceux là, effectivement, hier soir. Tu me donnes envie de me lancer dans Miller plus sérieusement, et de relire tout Bukowski !
Avec une extension sur le cinéma et la musique, je te volerai le principe de ce portrait tiens !

Frédéric Degroote a dit…

C'est tellement rare les références dignes de ce nom! Bravo pour ce blog décalé et frais!