samedi 10 août 2013

Jeunes pousses (1/4) - Appréhender l'éternité

I – Appréhender l’éternité

Apesanteur. Terreur. La peur de la mort. Absolue. Terrible. Cet instant d’impuissance ultime qui s’étire à l’infini. Les quatre roues du véhicule ont quitté le sol, ma trajectoire est à son point culminant. Bientôt, la gravité reprendra ses droits, et je devrai subir le flot du temps qui reprend sa course. Alors, ce sera le choc. L’adrénaline. La vitesse. Les couleurs floues qui s’emmêlent. Des tonneaux peut-être. La panique. La douleur. Est-ce ainsi que je vais mourir ? En cet ultime instant suspendu, où je réalise que la mort est plus qu’une idée abstraite, je pense à Lilly et Fleur, mes deux filles. Je pense à Alexandra leur mère. Je me dis que j’aurais bien aimé continuer. Je pense à ce van qui m’a vu grandir et qui va maintenant m’accompagner dans mon dernier voyage. C’est la synthèse de toute une vie, d’une époque, d’idées que j’avais faites miennes. Mon âme mécanique et immortelle. J’aimerais qu’il me survive. Mais déjà le temps me rattrape. Mon cœur se soulève, mes lunettes rondes quittent l’arête de mon nez. J’entends ma guitare qui décolle, les couverts qui s’entrechoquent, les placards qui s’ouvrent. Dans le rétroviseur le monde entier bascule. Le vent siffle. Se cramponner. Serre les dents Bernie, ça risque de faire mal.

***

Alors c’est ça la mort ? C’est un peu comme retirer un sparadrap d’une jambe poilue. L’allégorie vaut ce qu’elle vaut, mais j’ai du mal à trouver les mots. On sait que ça va faire mal. On appréhende un peu plus qu’il ne faudrait. Et puis, voilà c’est fait. Passée la douleur, on est encore là, pas tout à fait le même. Les sens en éveil, l’âme à fleur de peau. Une certaine clarté d’esprit s’installe. Une lucidité surnaturelle. Savoir les choses d’un simple regard. La sensation d’être diffus, sans matière, éther contenu par la seule pensée. Perdre totalement la notion du temps. Une semaine passe comme une minute dans le vert obscur de cette forêt qui m’entoure. Aussi, j’ai vraiment du mal à dire combien de temps s’est écoulé depuis que je me suis « réveillé » à côté de mon cadavre. Des jours ? Des heures ? Des années ? Un calme étrange s’empare de moi tandis que je m’absorbe dans l’étude de ce corps meurtri, défiguré. Pas de ceinture de sécurité bien entendu, les libres penseurs n’en n’ont pas besoin. Si j’avais su. À quoi bon à présent ? Existe-t-il plus implacable fatalité que le constat de sa propre mort ? Plus aucun retour en arrière. En observant ce corps qui était mien, je commence à appréhender l’éternité.

Jeunes pousses (2/4) - Prisonnier

II – Prisonnier

Avant d’être ces os brisés, cette chair en putréfaction, j’étais… Bernie le hippie, pour les passants incrédules qui voyaient arriver mon van exubérant. Bernie le roady, pour les collègues avec qui j’ai passé ma vie à monter et démonter des scènes. Papa, pour Lilly et Fleur, mes deux amours. Bernard, pour mon ex-femme Alexandra et son sourire doux-amer. Je pense à tous ces gens que j’ai rencontrés dans ma vie. Cette vie passée sur les routes. Avec les filles, avec leur mère, avec le chagrin, avec la musique. Tout paraît si simple maintenant. C’est comme observer le personnage d’une comédie dramatique se débattre contre son destin. La douleur, la peine, la joie, la passion ; tout ça était si réel, mais vu d’ici, ma vie n’est plus qu’une succession d’images. Cette distance me fait peur. Je n’ai pas envie de changer, même dans la mort. J’aimais bien cet homme que les années avaient façonné patiemment. Un type jovial, prompt à la plaisanterie. Bon mangeur, bon buveur, le joint facile. Le dernier hippie de France, avait titré un papier local après une interview au PMU du coin. Un titre honorifique dont je tirais une certaine fierté. Mon originalité, mon identité, ma vie telle que je la voulais. Libre sur les routes. Aller de festivals en festivals. Rencontrer des gens, faire l’amour, boire, fumer, rire, pleurer, aimer. Vivre. 

Que vais-je devenir à présent que je suis mort ? Maintenant que l’ultime limite est franchie ? Maintenant que l’éternité me tend les bras ? J’observe les insectes grouillants dévorer mes chairs. Je suis coincé dans cette camionnette à jamais. Mes déplacements ne sont limités que par l’intensité de ma conscience. Je suis à un endroit, avant d’être ailleurs. Pourtant, impossible de sortir d’ici. Comme si même la possibilité de m’imaginer dehors m’était interdite. Je suis frustré, impuissant. Je tourne en rond. La nuit tombe. Je repense à ma vie, à la façon dont je l’ai menée et j’observe mes ossements, mis à nu par les insectes, qui blanchissent peu à peu. Je repense à ce que j’ai accompli, aux choses que j’ai faites, et bientôt la poussière tapisse toutes les surfaces intérieures. La lumière de la lune traverse la carrosserie trouée par endroits, déchirant l’air poussiéreux de raies blafardes. Je me sens comme un poisson pris au piège d’une épave au fond des océans. Comme dans ces reportages de Jacques-Yves Cousteau que Fleur aimait tant. Et déjà, le jour succède de nouveau à la nuit. L’ennui ne s’applique pas aux gens de mon espèce. Le temps glisse imperceptiblement, et j’observe la forêt à travers le pare-brise à moitié arraché de mon tombeau.

Jeunes pousses (3/4) - Kevin et Sabrina

III – Kevin et Sabrina

            C’est comme si j’avais dormi mille ans. Ma conscience, dissoute, éparpillée, se rassemble peu à peu. Le soleil se déverse en torrent à l’intérieur du van. Quelqu’un vient d’en ouvrir la porte latérale, me tirant d’une longue méditation. Une, voire plusieurs décennies passées à rêver éveillé, à tenter de sentir le monde changer. Mais rien n’a changé, dehors la forêt est immuable. Verte et sombre. L’inconnu qui m’a tiré de ma transe se tient sans bouger dans l’ouverture de la porte. Il s’appelle Kevin, je l’apprends en le sondant du regard. Quels drôles de vêtements il porte. Chaussettes blanches remontées par-dessus un pantalon de survêtement, un épais blouson à capuche étoffe sa mince silhouette, une casquette beige à motif écossais comme déposée sur le sommet du crâne. Le tout donne une impression détonante, comme s’il avait choisi des habits au hasard en ouvrant son placard. Mais qui suis-je pour juger ses choix vestimentaires, moi qui arborais pattes d’eph’ et T-shirts bariolés quand mes congénères évoluaient en vestes anthracite, attaché-case et raies gominées. Il reste là, tétanisé, la bouche entrouverte dans une expression idiote de surprise. Sa peau, déjà très pâle, vire presque au transparent sous le coup de l’émotion. Son regard glisse sur mes os blanchis, sonde les orbites vides de mon crâne brisé. « Sabrinôôô ! Viens vouar s’teu plé ! » s’écrie-t-il en s’écartant rapidement du véhicule à l’abandon. Quel bel accent que celui du Nord. « Sabrinôôô ! » appelle-t-il encore d’une voix tremblante sans cesser de reculer. La voie est libre, la porte est grande ouverte. Enfin, je peux admirer le paysage au lieu de le deviner. À défaut de pouvoir sortir, cela me suffit. Si près de la liberté et pourtant à jamais prisonnier. Kevin revient déjà, traînant une jeune fille par le bras, la fameuse Sabrina. « Mais j’en ai rien à faire d’ton camion d’brin lô ! » Dix-sept ans, trop maquillée, les cheveux teints en noir, le corps engoncé dans des vêtements qui semblent trop petits, pantalon de jogging noir et rose et T-shirt bleu ciel. Un petit boudin aux joues rouges et au regard torve. « Viens j’te dis ! Tu peux voir les trucs comm’ eut’ mémé, alors faut qu’te r’gardes dans l’van ! » continue de la presser Kevin. Elle se laisse faire de mauvaise grâce et arrive en trottinant devant la porte coulissante grande ouverte. Elle se fige et me dévisage. Ce n’est pas ma dépouille qu’elle fixe de la sorte, mâchonnant son chewing-gum d’un air bovin, c’est bien moi. Elle me voit. « Y a un fantôme dans eut’van bébé. T’es sûr qu’tu l’veux toujours ? » Kevin du haut de ses quinze printemps, semble accuser le coup. « J’savais bien que c’était trop bô çô…Je trouve un bô van comme çô…et pis y a un type mort dedans. J’ai vraiment pô de chance quô mém’… ». Il se laisse tomber sur les fesses et contemple le Volkswagen d’un air triste. Sabrina m’observe en ruminant. Le temps passe, sans paroles, dans les bruissements. Au bout d’un moment il se relève et vient rejoindre sa douce d’un pas décidé, vrillant de ses yeux bleus les orbites vides de mon crâne blanc. À défaut de pouvoir voir mon spectre, il s’adresse à mes os « Et ben j’ m’en fous si ya un fantôme ! Et ben quoi. T’es mort le fantôme, moi j’suis vivant. J’ai plein de trucs à faire, et j’ai besoin de c’ van. Alors qu’tu veuilles ou non, bah j’vais l’réparer. Et puis ensuite avec  Sabrinô, on va s’barrer de c’coin pourri et pis on va voir comment c’est ailleurs. C’est sûrement bien mieux qu’ici en tout cas. Et puis je ferai quequ’chose de ma vie. Ici y a rien. YA RIEN DU TOUT ! QUE D’CHI ! J’veux pô rester lô et mourir sans rien avoir fait. Alors j’vais réparer c’van et puis on va s’en aller. T’entends ? Que tu veuilles ou pô…» Du changement dans cette forêt qui ne semblait plus vouloir bouger. La promesse de choses nouvelles. Deux jeunes pousses viennent d’arriver. Fragiles mais volontaires. Le cri du changement, le cri du cœur. Le même qui m’avait poussé au volant. Je souris. Je ne peux pas m’en empêcher. Je souris de toute mon âme, parce que les choses vont changer. Je vais quitter cet endroit, avec eux, et partir à nouveau sur les routes. «Ç’a pô l’air de l’déranger bébé. »  lui dit-elle en me lançant un coup d’œil mauvais.

Jeunes pousses (4/4) - Sur la route

IV – Sur la route

            Ils cherchaient un coin tranquille pour faire l’amour et ils étaient tombés sur ma camionnette. Imbéciles et insoumis. Des adolescents, déjà à l’étroit dans ce village qui ne leur promet aucun avenir. En rupture totale avec des parents qui ont lâché prise, écœurés par leur propre pauvreté. J’en apprends un peu plus à chaque fois qu’ils viennent. Elle ramène une glacière avec de quoi boire et manger. Il ramène ses outils. Elle fait comme si je n’étais pas là. Elle lit des magazines, consulte son petit téléphone de poche, et range pendant qu’il s’affaire sur la carrosserie, change les pneus, répare le moteur, la direction, et tant encore. Il y a toujours quelque chose à faire, une pièce à changer, un écrou à visser, de la peinture à étaler. Il cumule les petits boulots pour pouvoir s’acheter le matériel. Le lycée, il n’y fait guère plus que quelques siestes quand il prend le temps d’y passer. Je l’aime bien Kevin. Un petit bête comme ses pieds, mais avec de la suite dans les idées. Un manuel, avec une détermination à toute épreuve. La première chose qu’il fait en arrivant c’est me saluer « Bonjour m’sieur le fantôme ». En repartant pareil « Au revoir m’sieur le fantôme ». C’est lui qui s’est occupé d’enterrer mes restes dans la forêt. Simplement, sans cérémonie. Une prière, un signe de croix. Vraiment, je l’aime bien. Elle, je ne sais pas. Son esprit reste hermétique à mon regard. Elle ne dit jamais rien, et quand elle ouvre la bouche, c’est pour se moquer de lui « Arrête de dire bonjour au fantôme, t’es bien idiot comme eut’père ! » ensuite elle part d’un rire mauvais avant de se replonger dans ses magazines, allongée dans mon lit. Jamais je ne l’ai entendu dire « Je t’aime ». Il n’y prête jamais attention et se contente de sourire. C’est sans doute leur façon de fonctionner. Elle l’aime en tout cas. Ça se voit à la manière qu’elle a de l’observer, de le toucher quand ils sont côte à côte, ses bras l’entourant jalousement. Parfois, elle sort le retrouver et ils s’embrassent. Comme des adolescents, passionnément, dans une effusion démonstrative, pleine de langue et de salive. Étreinte aussi touchante que dégoûtante. Elle l’entraîne sur le lit à sa suite. Ils se déshabillent avec empressement et font l’amour blottis l’un contre l’autre. Se serrant de toute leur force comme s’ils risquaient à tout moment de s’envoler. Souvent, elle me regarde, les yeux fiévreux, la peau perlant de sueur. À quoi pense-t-elle ? Quand c’est fini, ils fument une cigarette ensemble et puis chacun reprend son poste. Elle, à ses magazines, lui sa mécanique. Ce petit manège dure bientôt depuis un an, et enfin aujourd’hui, le moteur se décide à démarrer. La surprise. Elle lève la tête de sa revue, il reste interdit, le volant tremblant entre les doigts. « C’pô trop tôt » lâche-t-elle, un sourire aux lèvres. Kevin, la bouche grande ouverte enlève sa casquette et pousse un long cri en faisant vrombir le moteur du plat du pied « VRRRROUUUUM! ». Le moteur tourne, l’embrayage embraye, la direction dirige, les suspensions suspendent et les roues roulent. Le van avance et Kevin est bien incapable de fermer la bouche. Il entame un slalom au ralenti entre les arbres. Le tapis de feuilles mortes crépite sous les pneus, la vie qui y grouillait s’enfuit surprise par le vacarme. « Pô trop vite idiot, tu vas m’faire tomber. J’veux pas finir comme l’ot’ lô.» lance-t-elle à mon adresse. Elle se met à rire. Son gloussement agaçant est bientôt rejoint par celui aigu de Kevin qui fait semblant de ne plus rien contrôler et tourne le volant dans tous les sens. Leurs jours de misères s’achèvent enfin. À partir d’aujourd’hui commence leur vie. Mes deux jeunes pousses. Leur excitation me gagne. Plus d’autre limite à présent que le niveau d’essence dans le réservoir : le monde vous appartient, plus rien ne peut vous arrêter. À part peut-être ce rang serré de jeunes bouleaux qui barre le chemin au Volkswagen. Leur rire s’étouffe, mais le petit ne perd pas son optimisme. « C’pô grav’ çô. J’vais demander au père de Didier de m’prêter sa tronçonneuse et demain on est parti d’ici. ». La nuit tombe déjà, l’occasion de tester les phares du véhicule, l’occasion de quelques galipettes pour fêter leur bonne fortune. Ils me quittent débraillés et hilares, le cœur empli de quelque chose de nouveau. Je la surprends même à me sourire. À demain les enfants. Bientôt sur la route.

            Le lendemain, ni Kevin, ni Sabrina. Le jour suivant non plus. Les clés sont sur le contact, le van est prêt à partir, mais personne ne vient. Que leur est-il arrivé ? Les jours passent, les nuits se succèdent. Les saisons défilent. La rouille entame l’horrible peinture blanche que Kevin avait choisie. Il ne reviendra plus. Ni lui, ni elle. Mais si ce n’est eux, quelqu’un d’autre viendra. Les clés sont sur le contact, le van est prêt à partir. Ne manque plus qu’un chauffeur. Je regarde à la fenêtre, attendant sa venue, inlassablement. L’éternité ne m’effraie pas, j’ai quelque chose à attendre. Bientôt sur la route.

mercredi 24 avril 2013

Dernière chance


Debouts, face à face, le regard verrouillé dans les yeux de l’autre, lui, plus grand, la peau pâle, le poil hirsute, le cheveux clairsemé, elle, plus petite, la peau caramel, cheveux de jais. Ils se fixent avec intensité, nus, immobiles. Dans la chambre on n’entend que le sifflement lancinant de l’air conditionné. Leur torse se soulève au rythme de leurs respirations. L’air est épais, dense, il les garde prisonnier. Il l’a tant désiré, il a tant attendu ce moment, il devrait se jeter sur elle, la couvrir de baisers et de caresses, se baigner dans son parfum, goûter sa peau, pourtant il reste bloqué, incapable de faire le moindre mouvement. Il ne peut même pas parcourir du regard ce corps nu qu’il a tant espéré, deviné jours après jours au travail, ces courbes qu’il sait parfaites. C’est son regard. Ces yeux noisettes plongés dans les siens ont éteints, ou du moins suspendu quelque chose en lui.

« Tu ne sais pas. Tu ne comprends pas ce qui est en train de se dérouler dans cette chambre d’hôtel. »

Une voix légèrement aiguë,  un peu nasillarde, une voix chaude et rassurante. Dans son corps, des picotements , comme si la vie revenait en lui au contact des mots.

« Tu ne mesures pas encore les conséquences de ta quête désespérée. »

Il se souvient de leurs conversations à la machine à café, leurs rires, les réunions de travail. Une jeune femme légère, une indienne aux proportions incroyables, une fausse ingénue, une vrai belle personne. Le désir qui a finit par occuper chacune de ses pensées. Le désir de la posséder. Sa voix. Ses mots. Ses yeux. Tout pourtant le glace aujourd’hui.

« Une fois que tu m’auras touché, une fois que tu auras goûté à ma chair, alors il n’y aura plus de marche arrière. »

Une peur étrange s’insinue en lui, pourtant les picotements ont finis de parcourir son corps, ses muscles se détendent déjà. Des yeux il détaille, malgré lui, comme un réflexe incontrôlable, cette femme qu’il croyait connaître. Ses jambes galbées, ses fesses généreuses, sa taille fine, ses seins pleins, dressés, comme un défi à la gravité, ses longs cheveux noirs, brillants qui glissent contre ses omoplates, contre sa peau délicieusement ambrée. Un corps de magazine. Un corps rêvé.

«  Au premier baiser, tu sera perdu. Damné à jamais, comme bien d’autres avant toi. »

La terreur s’empare de lui. Son cœur se serre. C’est sans doute ce que ressent un lapin, tétanisé, devant les phares d’un camion. Elle vient de saisir sa verge. Sa main est chaude, et ses doigts habiles.

« Faire l’amour avec moi, c’est se condamner à la folie. »

Elle se rapproche, collant sa poitrine contre la sienne. La douceur de ses seins, la souplesse de leur texture, ses tétons qui durcissent contre lui, à fleur de peau il ressent tout au centuple. D’une main, elle poursuit ses lents va-et-vient, glissant l’entrée humide de son sexe contre son gland. De son autre main, elle fait jouer ses doigts sur le bord de ses lèvres. Il ne peut rien faire tandis qu’elle introduit un index dans sa bouche. Il ne contrôle plus rien, son corps lui échappe à nouveau. Sa langue bouge d’elle-même, ses lèvres se referment pour mieux sucer le doigt. Se rapprochant à son oreille, elle poursuit sa litanie en susurrant.

« La passion, vous n’avez que ça à la bouche. La passion est un feu qui brûle les corps…jusque l’âme. »

Elle fait glisser une jambe contre son flanc, et, avançant son bassin, fait pénétrer le sexe, tendu et palpitant, en elle. Sa matrice brûlante et humide l’enserre. La chaleur dans son bas ventre s’étend. L’excitation envahit chaque cellule de son corps, tandis qu’elle ondule contre lui. Petit à petit, la raison le quitte. Ne reste que le désir, l’excitation, et cette terreur grondante qui lui donne envie de hurler. Quelque chose d’horrible va arriver, il en est certain, mais son corps ne lui obéit plus. Le plaisir dilue sa conscience.

« Je vais te montrer ce qu’est la passion, et tu préféreras être mort. »

Ses ondulations de bassin s’accélèrent. Dans un bruit obscène de piston humide leurs sexes s’unissent violemment . Ses seins vibrent et rebondissent contre son torse. D’une main sur ses fesses, elle le presse plus brutalement en elle. Son regard est fiévreux, sa peau scintille et perle de transpiration. Les doigts de son autre main se referment dans les cheveux de sa victime consentante. Il va mourir, devenir fou, ou peut-être pire encore, mais cette peur aiguë qui vrillait son cœur, il ne l’entend plus. Il n’entend que le sang qui bat dans ses tempes, leurs bassins qui s’entrechoquent, leur souffle chaud qui se mue en plainte, sa langue de harpie qui lèche frénétiquement son oreille. De ses deux mains il agrippe ses fesses charnues et l’attire à lui plus fort encore. Prisonnier, il ne l'a jamais vraiment été. Le rythme accélère, les plaintes se changent en râles, leurs langues s’entremêlent furieusement, leurs corps se serrent jusqu’à ne former plus qu’un. Jouir en elle, enfin. Tout devient blanc. Son corps entier se tend dans un ultime effort.  Il  n’entend plus rien, pas même leurs cris à l’unisson. Ses jambes le lâchent, il se sent tomber. Une chute qui ne semble jamais vouloir s’arrêter. Sa conscience se dissout.  

« Tu m'appartiens. Tu es perdu. »

vendredi 1 mars 2013

Amours charnels

Tu as trébuché en me voyant accourir vers toi. La surprise se mue rapidement en terreur. Tu es comme paralysée par la peur et tu ne parviens même pas à te relever. Te voir fuir en rampant d’une façon si disgracieuse me rend triste, toi qui étais si belle.

Nous ne nous sommes jamais parlé pour ainsi dire, et ce n’est pas maintenant que cela va changer. Pourtant je t’ai toujours observé dans l’ombre, en silence. Gardant pour moi seul ce désir grandissant. Travailler au même étage que toi c’était une chance; et quand bien même nous étions dans des services différents, je pouvais régulièrement t’apercevoir. La pâleur de ta peau parsemée de taches de rousseur. La douceur de tes traits angéliques, comme un pied de nez aux débordements érotiques de ton corps opulent. Tu faisais frémir ma chair quand j’étais un vivant, et tu continues encore par-delà ma mort.

Je n’y peux rien, ce n’est pas contre toi. Je ne suis que le pilote impuissant d’un vaisseau de chair en décomposition. La faim qui m’étreint n’a aucune limite, mais ce corps qui ne m’obéis plus, je le ressens encore. Je n’ai jamais été aussi excité de mon vivant. Ces mains qui te cherchent, qui te griffent qui t’agrippent, je les ressens. Le contact de ta peau souple et douce sous mes doigts noircis me rend  ivre de bonheur. Dans ta lutte désespérée, tu as perdu tout un pan de tes vêtements. Ta jupe, plus que fendue, déchirée, révèle tout à fait la dentelle de tes dessous noirs et j’entraperçois le roux de ta toison. Si j’avais encore du sang dans les veines, il irait si vite qu’il ferait exploser mon cœur supplicié. Plus de bretelles pour ton soutien-gorge, perdu dans la bagarre. Un sein lourd et blanc déborde sur le côté de ton T-shirt à moitié arraché. Tes cheveux, feux sauvage et bouclé, éparpillés sur le pavé, ton regard clair remplie de larmes, ta bouche qui m’implore…Tu es la plus belle chose que j’ai jamais vue.

Mon désir et ma faim insatiable ne forment plus qu’un même maelström d’émotions brûlantes. Mes mains plongent en toi sans effort. Je sens ton corps vibrer, se tordre. J’entends l’émotion dans ta voix, les modulations de tes hurlements, tes yeux qui se révulsent. Je suis au plus profond de ton être, la tête enfoui dans ton giron, fouillant toujours plus loin, sentant ton intérieur chaud et humide palpiter. Chaque bouchée est un délice qui me rapproche de l’extase. Je suis en toi et bientôt tu feras parti de moi. Ma langue lèche ta peau fiévreuse, mes mains pétrissent ta chair pleine, mes ongles te déchirent, mes dents te mordent. Je te dévore. Tes yeux verts fixent le ciel, sans vie. Ta bouche auréolée de sang et de sucs épais est figée dans un hurlement muet. Ton corps a cessé de trembler et n’est plus agité que par ma mastication frénétique. Tu es à moi, rien qu’à moi. Bientôt les autres arriveront attirés par tes appels à l’aide, tes cris d’effroi, tes hurlements de douleur. Ils ne trouveront que tes os. Tu n’es qu’à moi. Maintenant et pour le restant de mon éternité.

mardi 26 février 2013

Mighty Real

« I can't catch no man
Hangin’ out at the DISCOTHEQUE !
But I believe in the boogie
Oh, but the boogie don’t believe in me!...»
Le tube disco de Brainstorm résonne dans ses écouteurs et il entamerait volontiers un petit pas de danse tellement la chanson est entraînante, mais la combinaison spatiale ne permet pas de telles excentricités. Du revers de la main il écarte un cadavre qui dérange sa progression. La malheureuse jeune femme d’affaire s’envole en vrillant vers un immeuble d’habitation non loin. Pendant un court instant il entraperçoit sous la jupe de tailleur les dessous de la défunte. Une des petites joies de l’apesanteur. Elle rebondira mollement contre un mur vers une direction nouvelle qui ne l’intéresse pas plus que ça. Peut-être s’envolera-t-elle tout à fait pour quitter les parages de la planète qu’on appelait Terre.

C’était autrefois une rue animée du XIVe arrondissement, à présent les dépouilles et les carcasses de voitures parsèment les airs. Des badauds aux yeux vitreux tournoient sans grâce près des fenêtres d’immeubles haussmaniens. Des scooters sans pilotes font la courses au dessus des toits. La lumière orange des lampadaires illumine la nuit. Les yeux verts brillants des chats vagabonds le suivent avec une avide curiosité. Ils ne doivent pas en voir passer beaucoup des bipèdes dans le coin. Parfois ils bondissent sur son passage fendant l’espace en un sombre éclair, jouant de l’absence de gravité avec grâce et dextérité. Etranges créatures. S’il y avait encore des scientifiques, il aimerait bien en trouver un pour lui expliquer comment ces bestioles font pour survivre dans le vide spatial. A pas mesurés, il se rapproche de sa destination : le supermarché monoprix du coin de la rue. Là-bas, il va chasser sa nourriture pour les prochains jours. Armé d’un filet à papillons, il va capturer les boites de conserves de son choix parmi les milliers de produits en lévitation. Mannequins au teint d’albâtre, vêtements flamboyants, cadavres de caissières, shampooings, aérosols, paquets de chips explosés, des milliers de litres de sodas flottant en gouttelettes multicolores et jets aux formes changeantes. Les boîtes de conserves sont les seules choses qui aient réussis à supporter la différence de pression avec le vide totale. Les chats font leur festin de la nourriture flottante expulsée d’emballages trop fragiles. Il aurait bien trouvé un paquet de chips encore entier pour les enfants. Leur apporter un petit quelque chose de différents pour égayer leur quotidien.

Prisonniers de leur propre survie, coincés dans l’appartement sept jours sur sept, privé de la lumière du jour, Célia et Mathieu trompent l’ennui devant l’écran. A défaut de télévision ils ont des DVD, des jeux-vidéos, parfois des livres. Régulièrement, il fait une sortie pour ramener de quoi les distraire. Sylvie, leur mère, n’aime pas qu’il les gâte de la sorte, mais elle est morte il y a deux semaines et il n’y a plus que dans ses rêves qu’elle peut encore critiquer sa façon de les élever. Ils survivent et c’est déjà ça. Les plantes de la serre fournissent l’oxygène, les panneaux photovoltaïques, l’électricité. L’eau potable, il y en a encore, mais pour combien de temps ? Il trouvera bien quelque chose…Il a trouvé jusqu’à maintenant.

Le filet chargé de provisions, il quitte le supermarché, suivit de près par une bande de chatons curieux. Avant de rentrer, il aimerait voir comment se porte Paris. Poussant fort sur ses jambes, il s’arrache au sol et décolle. Glisser dans le vide, sans sentir aucune résistance, encore aujourd’hui cette sensation le grise. Voler plus haut. Au dessus des hommes, plus haut que n’importe qui, la tête dans les nuages, s’il y en avait encore. Quand la vue le satisfait il stabilise l’altitude à coup de spray coiffant pour les cheveux. Axe ne lui a pas permis de séduire qui que ce soit dernièrement, mais c’est un propulseur efficace en tout cas. De là-haut il contemple la ville et ses habitants qui affleurent en lévitation à sa surface. Comme le pollen s’échappe d’une fleur, les parisiens dérivent dans l’espace dans l’espoir vain de féconder un jour un nouveau monde. La marée haute aspire la Seine et la sort de ses quais, projetant par endroits de larges arcs d’eaux trouble dans la nuit. Du coin de l’œil il repère un chatons un peu trop téméraire qui a tenté de l’imiter et plane sans un bruit les pattes en avant. Le pauvre a mal calculé son coup, il va lui passer à côté et semble s’en rendre compte. Agitant frénétiquement les membres il tente de corriger le tir. C’est peine perdue. Bruno le rattrape, le rejoignant d’un coup bien ajusté de laque à cheveux. Un peu plus et c’était la Lune. Une longue ballade pour sûr. Le jeune félin lui adresse un miaulement muet, mais qu’il sait chargé de remerciements. Puis d’un bond leste qui envoie Bruno valser un peu plus haut, le petit s’en retourne vers le plancher des vaches. Ou plutôt le plancher des chats. Sa trouvaille le satisfait. Il racontera ce joli mot d’esprit à ses enfants en rentrant.

En attendant, il tourne. Les lumières de la ville se confondent aux étoiles plantées dans le ciel infini. La voix sur-aigüe de  Sylvester emplit à présent l’espace sonore de son casque, couvrant son souffle court, puis son rire éclatant. La chanson tombe à point nommé, dans cet univers qui n’a plus aucun sens.
« YOUUUUU MAKE ME FEEL !
MIIIIIIIIGHTY REAL !
YOUUUUUU MAKE ME FEEEEEEEL !
MIIIIIIIIIIIGGGHTY REEEEAAAALLL ! »
Il reprend à tue-tête le refrain en entamant sa redescente tourbillonnante à coup de d’aérosol. Les lumières dansent autour de lui et il rit. Bruno, le dernier père de famille. Bruno, le dernier fou. Bruno le dernier amoureux de musique disco.

jeudi 8 novembre 2012

Secrets

       Dans la vie de chaque être humain, il existe des zones d’ombre, des choses que l’on n’a pas envie de s'avouer. Des idées qui demeurent à l’état de fantasme. Des pulsions à l'encontre desquels on passe sa vie à lutter. Ces choses dont on aimerait parler, mais on ne sait pas vraiment à qui. Tout le monde ne saute pas le pas de l’analyse par un professionnel. C’est souvent coûteux, et les freins moraux et sociaux sont encore trop forts en France. Alors on vit chaque jour en transportant une bombe à retardement sur soi. On sait qu’elle est là, mais on essaye de l’oublier. Au risque de se perde de vue pour mieux se conformer à un idéal accepté. « Ça va passer si je pense à autre chose ».

Malheureusement je suis un type plutôt lucide et il m'est impossible d'éluder ces aspects de ma personnalité plus longtemps. Pour certains, des années de psychanalyse sont nécessaires ne serait-ce que pour approcher de loin le sujet. Plus que de la lucidité, c'est un état de communion parfaite avec moi-même. Une relation très simple que nous entretenons mon MOI, mon CA, et mon SURMOI. On discute. On se raconte tout. Nous n'avons aucun secret les un pour les autres. Si vous ne reteniez que ça de moi, vous pourriez penser que je suis l’homme le plus sain et équilibré du monde. Je me demande.

         Les gens mettent une vie entière à découvrir qui ils sont vraiment et c'est sûrement tant mieux pour eux. Moi je le sais. Je connais les moindres déviants secrets de mon esprit. Je vis tous les jours avec mes démons, mes peurs, mes perversions, mes secrets. Car si en effet, je n'ai aucun secret pour ma propre personne, les choses que je sais de moi se doivent de rester cachées aux yeux du monde. Et si un jour, je devais tout déballer, ce serai la grande explosion des liens sociaux que j'ai mis si longtemps à tisser. Si seulement ils savaient…S'ils savaient quel plaisir malsain j'éprouve à regarder ces petits chatons se noyer dans ma baignoire. Le frisson exquis d’un scalpel qui s’enfonce dans la chair d’un animal encore chaud. S’ils savaient, ils devineraient sans peine les pulsions bien plus morbides qui m'habitent et contre lesquels je dois chaque jour un peu plus lutter.
        Disséquer de petits être dénués du don de la parole n'a plus aucun intérêt à mes yeux. J'aimerais tellement savoir ce que ça fait de voir un homme ou une femme hurler à mort. Se débattre, la peur dans les yeux. Le corps agité de spasmes. Les organes internes qui palpitent, bien loin de la chaleur du corps auquel je les auraient extirpés. Mon sexe tendu qui s'enfoncerait dans leurs entrailles à vif. Leurs pupilles qui se révulseraient, le sang et la salive mêlées, mes doigts s’enfonçant lentement dans leur cerveau à nu. Ces désirs m’habitent et je ne peux les empêcher d’exister. Je suis ainsi fait. La seule chose qui est encore en mon pouvoir, c’est de les empêcher de devenir réalité. Et c’est en partie pour cette raison que je vous raconte tout ça, anonymement. Pour me délester de ce fardeau horrible, cette sensation qu'un jour je pourrais basculer dans la folie. Un jour  je le mettrai dans votre verre ce cachet de GHB que je garde précieusement dans ma poche de jean. Combien de temps vais-je encore pouvoir tenir mon déguisement d’être humain, moi qui suis loup. Un jour je finirai par passer à l'action. Je ne serai plus capable de lutter contre moi-même. Je céderai enfin à ces pulsions qui me hantent pour ne plus jamais être le même...


Poisson d'avril! Ah mince, on est pas en avril. Alors JOYEUX HALLOWEEN!!!
Ce petit texte sera ma contribution en retard à cette fête de la frousse. J’espère que vous vous sentez très mal à l’aise, et que vous avez eu momentanément très très TRES peur de me rencontrer en vrai. Auquel cas, je mériterais quelques bonbons tout de même ^___^. En vrai je suis un gentil pipou, mais Stephen King et Bret Easton Ellis ont une très mauvaise influence sur moi en ce moment.
Encore désolé de déserter le blog de la sorte, mais j’ai beaucoup de projets d’écriture qui me tiennent à cœur en ce moment et j’ai décidé de leur donner la priorité. Mais quand l’envie me prendra de venir écrire n’importe quoi pour me défouler, je serai content de vous retrouver.
Des bisous à tous et encore Joyeux Halloween en retard!


vendredi 28 septembre 2012

Instant Girlfriend

Est-ce que tu voudrais être mon amoureuse, le temps d'un trajet?
Tu as l'air lasse toi aussi. Dure journée? Moi aussi.
Tu regardes les câbles défiler par la fenêtre du métro et tu soupires.
Si tu veux, je peux passer mon bras autour de tes épaules. On serait bien comme ça non?
Tu me raconterais ta journée. Je te dirais la mienne. L'espace de quelques stations nous pourrions trouver le réconfort dont nous avons besoin.
Rapproche-toi. Viens plus près. 
Tu te blottirais tout contre moi, et pendant un moment j'oublierais tout.
Découvrir ton parfum, caresser tes cheveux. Peut-être poser un baiser sur ton front.
C'est ta station? Au revoir. C'était très agréable. Et nos vies reprendraient, un peu moins tristes.
J'aimerais parfois que les relations humaines soient plus simples, plus spontanées, plus honnêtes.
Mais tu regardes le paysage, le regard vide, l'esprit ailleurs; et jamais tu ne sauras que l'espace de quelques instants, nous aurions pu partager tant d'intimité, de chaleur.
C'est ma station.
Je cherche désespérément à croiser ton regard, au moins une fois avant de partir. Mais c'est peine perdue.
Tant pis.
Peut-être est-ce moi qui manque de spontanéité? Le vide en moi s'agrandit chaque jour un peu plus.
Ce soir encore, je rentre seul vers un appartement froid.

dimanche 16 septembre 2012

This is the End - Episode 4.5

Je vais reprendre l'écriture de cette histoire débile de fin du monde sur fond de marques de pub. Pour ceux qui ne l'ont jamais lu, il y a de la violence, des combats, du WTF, et bientôt je l'espère du sexe trans-genre alors je vous engage sérieusement à les lire dans l'ordre. Voici les liens des premiers épisodes:

Episode 1: ICI

Episode 2: ICI

Episode 3: ICI

Episode 3.5: ICI

Episode 4: ICI



Pour ceux qui sont à jour, bonne lecture!





On a trop souvent tendance à croire que l’être humain est une chose fragile. Qu’un souffle de vent suffit à nous enrhumer. Une marche ratée, une chute, et c’est un bras cassé. Pourtant l’être humain est une machine étonnamment résistante, aux mécanismes complexes, voire parfois incompréhensibles. Il est des fois où la puissance mystérieuse du corps humain se manifeste de façon déconcertante.



Benjamin donc, déambule d’une démarche aléatoire dans les rues de la Défense. Costume noir, chemise blanche, cravate fine, le tout constellé de tâches de sang. Une balle de gros calibre a traversé sa tête de part en part sans pour autant le tuer. Une aberration médicale. Un miracle. A l’avant de son crâne, en plein milieu du front, se trouve un trou de la taille d’un poing d’où a giclé un bon tiers de son cerveau. C’est d’ailleurs la première chose qu’il a aperçut en se réveillant, les petits morceaux rosés de son cerveau éparpillés dans une flaque luisante aux reflets écarlates. « Ça ressemble à du vomi » s’était-il alors dit en souriant. Mais rapidement, la sensation étrange qu’un courant d’air lui traversait la tête de part en part lui révéla la nature de la flaque dégoulinant dans les escaliers menant aux sous-sols de La Défense.



Benjamin avance donc, le pas hésitant, affaibli par une belle perte de sang. Plus que la faim et le froid qui le tenaillent, il ressent une angoisse grandissante de perdre le reste de sa manière grise. Ainsi, il progresse les deux mains plaquées au milieu du front, contre son nouveau trou de balle. Ses doigts sont poisseux du sang qui a coagulé et des restes de liquide encéphalique. La rue est déserte. Le bruit des coups de feu et les informations sur la fusillade ont cloîtrés les locaux chez eux. De temps à autre, Benjamin surprend du coin de sa vision trouble des paires d’yeux qui l’observent. Depuis leur balcon, derrière leurs rideaux. « Bande de baltringues ! leur hurle-t-il. Ça vous raclerait l’anus d’appeler une ambulance non ? » Immédiatement les curieux disparaissent, laissant Ben, vagabonder seul dans les rues.



Il ne sait plus vraiment pourquoi il marche. Il marche pour s’éloigner du AK47 de Croustibat, il marche pour échapper aux fusils snipers de Cétélem. Il marche vers où, il ne sait pas. Soudain, il s’immobilise et se retourne prudemment vers la vitrine du magasin qu’il vient de dépasser. « Mais c’est ça qu’on veut ! » s’exclame-t-il si fort qu’il sent les restes de son cerveau gigoter dans sa boîte crânienne. Les yeux comme deux grosses billes, il scrute les casques dans la boutique de 2 roues. Le magasin est ouvert, sans plus attendre, il se précipite à l’intérieur accompagné par le carillon électronique de la boutique. Il en ressort dix minutes plus tard avec un casque noir intégral, rutilant, qui prolonge élégamment son costume de la même couleur. Le patron, tout d’abord terrifié à la vue du trou béant s’était montré très prévenant avec lui dès l’instant où Benjamin avait sorti une belle liasse de billet comme preuve de bonne foi. Il lui avait même fourni une boîte de compresses et du désinfectant qu’il était allé chercher dans son armoire à pharmacie personnelle. Un bon commerçant vraiment. Soulagé de savoir son cerveau plus à l’abri que jamais, il se remet en route, cette fois avec un but bien précis : manger. Tout sourire derrière sa visière fumée, il essaye d’envoyer un montage photo sur Instagram où on le voit, hilare avec son trou dans la tête puis défait sans son nouvel opercule, sous titré sobrement « Nekotrou/Nekotriste ». Mais il n’y a pas de réseau et c’est à contre-cœur qu’il doit abandonner l’envoi de son chef d’œuvre.



Après plusieurs minutes de marche le long de la plus grosse rue qu’il ait trouvée, Ben rejoint enfin le commerce qu’il recherchait désespérément. «Délice Kebab » le nom sonne comme une prophétie à ses oreilles et c’est le cœur léger qu’il pénètre dans l’établissement. S’accoudant nonchalamment au comptoir sans même relever sa visière teintée, il interpelle l’unique employé. « Bien ou Bien ? » Le type qui s’affairait à découper le gros morceau de viande en révolution, se retourne interloqué par ce client extravagant. « Bien… » lui répond-il hésitant. « C’est bien t’as vu. » Benjamin en opine du casque et ponctue ses fins de phrases avec de grands gestes des mains. « Bah je voudrais un kebab frite t’as vu. Avec un supplément fromage et sauce algérienne s’teu plaît chef. » Le gérant est un peu décontenancé, mais poursuit comme si de rien n’était. « Salade-tomate-oignon ? » Pour seul réponse, Benjamin, hoche vigoureusement de la tête en montrant ses pouces. « Installez-vous alors. Je vous apporte votre commande quand c’est prêt. » Sans se faire prier, il s’exécute et va rejoindre une table à laquelle il s’installe. Pour passer le temps, il joue à Fruit Ninja, mais il ne voit pas grand-chose avec la visière teintée de son casque. Puis soudain, semblant se souvenir de quelque chose, il se redresse et relève sa visière. « Je me demande ce qu’elle est devenue la petite chinoise … ».

vendredi 10 août 2012

La femme et l'enfant

En voilà une bien jolie maman se dit Julien en rentrant dans la rame de métro. Sur le strapontin du fond, une jeune femme au charme discret se penche au-dessus d’une poussette, tout sourire. Pas de bijou, pas de maquillage, un simple chemisier léger et une jupe pastel. Très féminine. Quelque chose dans la douceur de son sourire, la grâce de ses mouvements. Il n’y a plus de places assises, Julien va s’adosser à la porte opposée du métro, entre les strapontins. D’ici il pourra observer le bambin et sa jolie maman. Il aime bien les bébés et cette façon candide qu’ils ont de sourire à n’importe quel inconnu en échange d’une simple grimace. 

Mais dans la poussette, il ne trouve qu’une poupée. Un bébé en plastique qui fixe le plafond avec des yeux bleus vitreux, une expression béate moulée à la chaîne dans une usine chinoise. Sa « mère » l’observe avec tendresse et caresse le plastique rosé de ses joues du revers de la main avant de jeter un coup d’œil discret à Julien. Elle est belle. Elle rayonne. Cette femme est folle à lier, mais elle irradie d’une beauté qui lui crève le cœur. Alors il lui rend son sourire et fait mine de s’intéresser au « bébé ». Il sourit au jouet et fait quelques signes de la main, comme pour attirer son attention. Il se trouve un peu idiot de jouer  à la poupée dans le seul but d’attirer l’attention de cette femme dérangée. Lui, un jeune homme si raisonnable d'habitude. Soudain, il réalise que la poupée le suit des yeux. Son sang se glace d’effroi. Le jouet plastique ne le quitte plus du regard, suivant le moindre de ses déplacements. Julien fait instinctivement quelques pas en arrière et vient buter dans la porte derrière lui. Les deux billes de plastique bleues ne perdent pas une miette du spectacle.
- "Allons, ne fixe pas le monsieur comme ça Elvis, ça ne se fait pas !" le gronde sévèrement sa mère en lui tapant violemment sur les doigts. La poupée ne bronche pas, les yeux toujours rivés sur lui. La femme se rapproche de Julien et pose sa main sur son avant-bras.
- "Excusez-le monsieur… Il n’est pas comme ça d’habitude. J’ai l’impression qu’il vous apprécie beaucoup." Sa voix est suave et chantante. Sa main est chaude, douce, rassurante. Le contact de leurs peaux se prolonge. Un peu trop longtemps pour de simples inconnus. Au bout d’un temps qui semble une éternité, elle laisse doucement glisser sa main sur son bras jusqu’à ce que leurs doigts se touchent. Les yeux verts de  la jeune maman sont plongés dans les siens. Le cœur du jeune homme bat fort, c’en est presque douloureux. Il est très mal à l’aise, mais cette femme remue quelque chose en lui qu’il ne comprend pas. Une sensualité féroce. Peut-être ses seins nus qu’il devine sous le tissu léger. Ses jambes finement galbées. La façon dont le tissu mou de sa jupe ne cesse de remonter sur ses cuisses. Il finit par craquer et détourne les yeux tandis que la femme retourne s’asseoir. Dans la rame, tout le monde le fixe. Des regards mauvais, inquisiteurs. Une sueur froide parcourt son échine. Il n’a rien demandé à personne, mais ce matin, le sort semble vouloir s’acharner contre lui. Le métro s’arrête. Buzenval. Personne ne rentre, personne ne sort. Encore une station et il pourra sortir de cette rame. La sonnerie retentit et le métro repart. Fermant les yeux, il prend une longue inspiration. Plus qu'une station…

Lorsqu’il ouvre à nouveau les yeux, le baigneur en plastique est toujours là, à le fixer. Une poupée grossière à la peau rosée, une petite bouche perpétuellement entrouverte dans un rictus malsain. Impossible que ces yeux le suivent réellement. Il doit être trop fatigué. Il s'imagine des choses. Mais quand le jouet tente de jaillir hors de son lit, Julien manque de hurler. Son dos vient heurter violemment la porte du métro. Le bébé se met à mouliner furieusement des bras et des jambes dans un chuintement plastique. Les sangles de la poussette le retiennent. Sa petite bouche continue de sourire, ses yeux ne lâchent pas leur cible. Aucun son ne s’échappe de lui. La chose se débat frénétiquement, battant des pieds et des mains dans tous les sens dans un silence de mort. Dans la rame, personne ne semble rien remarquer d’inhabituel. Chacun lit son journal, écoute de la musique, regarde les parois défiler. Les gens agissent comme si de rien n’était.
- "Alors tu as faim mon petit ?" demande la jeune femme depuis son strapontin.
- "Maman va te donner à manger." Lentement, elle déboutonne son chemisier. Le tissu glisse sur sa peau d’albâtre pour laisser apparaître deux seins pleins et tendus. Par pur réflexe pudique, Julien tente de détourner les yeux, mais son corps ne lui répond plus. Aucun muscle ne réagit. La panique l’envahit tout à fait. Il veut crier, mais il n’y arrive pas. D’une main, la femme détache le baigneur furieux et l’amène contre sa poitrine. Incapable d'émettre le moindre son, le corps paralysé, il regarde la scène, impuissant. Le bébé se met à téter goulûment, pressant le sein des ses deux bras plastiques, sans jamais quitter Julien du regard. La mère aussi le regarde. Il y a quelque chose de lascif dans son expression. D’une main elle appuie la tête du baigneur contre sa poitrine. Son autre main glisse délicatement sous sa ceinture, s’insinuant lentement. Doucement, ses jambes s’écartent, faisant remonter sa jupe au ras des cuisses. Sa main s’active sous le tissu dans un bruit humide. Le jouet continue de téter avec force, laissant échapper un filet de liquide noir et épais à la commissure de ses lèvres. La jeune femme ferme les yeux. Ses lèvres s’entrouvrent dans un murmure plein d’extase tandis que les mouvements de sa main s’intensifient sous la jupe. Le baigneur a fini de téter et regarde Julien avec contentement. Son petit corps rose en plastique est barbouillé du liquide noirâtre qui continue de s’échapper en un flot régulier du sein tuméfié de sa mère.

Julien n’arrive pas à se réveiller. Il a beau savoir que tout ça n’est qu’un horrible cauchemar, il est incapable de se sortir de ce rêve. Le métro ne semble jamais vouloir s’arrêter de rouler. La nuit ne fait que commencer.

jeudi 26 juillet 2012

Toutes les femmes sont belles

La beauté des femmes me suffoque. Comme un choc violent à la poitrine. Tout l'air de mes poumons s'enfuit, remplacé par un mélange de sentiments. Le désir, mais pas seulement. De la gratitude un peu aussi.

La beauté d'une femme pour moi, ce n'est pas un ensemble de critères esthétiques précis. C'est quelque chose de plus ténu, volatile. Une impression, une sensation. Rien de tangible, rien de durable. Une mèche de cheveux, la forme d'une bouche, la pâleur touchante d'une peau, le ton sensuel et ambré d'une autre, le pétillant d'un regard, la langueur d'une démarche, un bracelet qui tinte, des lunettes qui habillent, l'élégance d'un corps deviné au travers de vêtements légers, l'opulence de formes à peine cachées, une attitude, un parfum...Mon coeur bat fort alors. Envie de les enlacer par la taille, de caresser leur corps nu, de glisser ma main dans leurs cheveux, de déposer un baiser au creux de leur nuque. Le désir se fait tantôt violent et charnel, tantôt tendre et bienveillant.

J'aimerais leur dire que je les trouve belle, qu'elles comprennent que je le pense vraiment. Loin de la flatterie ou du compliment facile, j'aimerais leur faire comprendre que chaque jour, chacune d'elle m'apporte quelque chose. Qu'elles ressentent cette beauté que je leur ai trouvé, c'est le remerciement que j'aimerais leur donner. Parce qu'elles donnent du goût à mes journées, je me sens un peu plus vivant.
A présent je réserve ces déclarations à la personne qui compte le plus pour moi, mais sachez que je n'en pense pas moins pour autant. L'amour n'a rien à voir là dedans. Si un jour, dans le métro, vous surprenez un regard un peu traînant de ma part, voilà à peu près ce que j'aurai aimé vous dire:

"Excusez moi de vous prendre au dépourvu de la sorte, mais sachez que je vous trouve très belle. Passez une bonne journée. Au revoir."

lundi 16 juillet 2012

Amitié. Stalking. Même combat.

      Je vois leurs photos sur Facebook, sur Instagram. Leurs soirées ont l'air folles. Putain, pourquoi moi j'ai pas été invité. C'est pas comme si c'était la première fois que je les voyais. C'est pas comme si on avait pas fait des dizaines et des dizaines de soirées ensemble. Quand je regarde les statuts qui défilent dans ma fenêtre Chrome, les photos et autres events que je vais rater, j'en viens à me demander ce qui fait que je ne resterai jamais pour eux qu'une connaissance parmi tant d'autres.

     En amour, il y a la friendzone, mais en amitié qu'est-ce qu'il y a? La juste-une-connaissance-zone? La we-know-each-other-for-sometime-yet-we-are-not-that-intimate-zone ? C'est une sensation assez désagréable de savoir que c'est déjà la fin du chemin. Que ces personnes m'ont déjà donné tout ce qu'elles avaient à me donner,  qu'elles n'ont plus rien à m'offrir. Un sourire, une bonne blague, deux minutes sur un balcon pendant que je fume ma clope. Et voilà, c'est fini. En fait, je ne saurai jamais vraiment rien de leur vie. De leurs peines, de leurs joies, de leurs inquiétudes. Je leur souhaiterai un joyeux anniversaire via facebook parce que j'aurai peur de trop en faire en leur envoyant un texto. Ils me répondront "Cool! Merci!".

      Mais je ne leur en veux pas. Je suis un peu jaloux de leurs amis à eux. Nous avons chacun des cercles d'amis assez vastes, et à nos âges ce qu'on recherche avant tout, c'est resserrer les liens avec ses amis proches plutôt que de diluer son temps sur trop d'amitiés. C'est comme ça, qu'on perd des amis. C'est comme ça qu'on empêche de nouvelles amitiés de se créer. Mais c'est naturel. C'est inexorable. Je comprends, mais ça ne m'empêche pas d'être triste.

     Moi de mon côté, j'aurais aimé plus tout de même. J'ai toujours accroché, et j'accroche encore. A leur personnalité, leur humour, leur talent. Nous avons tellement en commun, mais par pudeur je ne m'imposerai jamais, parce que je n'aimerais pas qu'on me le fasse. Parce que moi aussi, bien entendu, j'ai mis, de façon plus ou moins consciente, pas mal de monde dans cette zone qui interdit les rapports sincères et profonds.

     Alors comme un amour secret, je cultive mon affection à sens unique en stalkant l'Internet multimédia 2.0. Facebook. Twitter. Instagram. Tout est bon pour en savoir plus. Me gaver de fausse intimité. De photos. De gossip qui ne me regardent pas. Bref, je suis creepy. Mais toi aussi.

mercredi 27 juin 2012

Phénomènes extraordinaires

      Rien que d'y repenser, ma poitrine se serre. Ce sont des doigts fébriles qui attaquent le clavier de l'ordinateur. J'ai besoin d'en parler, j'ai la sensation que si je ne le fais pas, je vais exploser. Je viens d'être témoin de l'expérience la plus vraie, la plus forte et la plus touchante et déchirante à la fois. Ca a emporté une partie de moi. D'une certaine façon je ne serai plus jamais le même. J'ai vu la foudre s'abattre si près que j'ai cru en mourir. Un amour instantané tombé du ciel à la vitesse de la lumière sur un presqu'inconnu assis en face de moi.

      Le coup de foudre, je n'y croyais pas avant aujourd'hui. Si vous pensez que j'étais cynique, vous êtes loin du compte. Ceux d'entre vous qui me connaissent, le savent, je suis un rêveur doublé d'un grand romantique. Je crois en l'amour, je crois en la passion dévorante qui fait trembler les corps. Mais les livres, les films et la télévision ont tellement utilisé, rabâché, et détourné cet amour inconditionnel au premier regard qu'il en est devenu un mythe à mes yeux. Une chimère. Du bonheur à l'hollywoodienne. Les femmes de ma vie m'ont conquis, avec pugnacité. Une lutte quotidienne pour obtenir le monopole de mon coeur. J'avais donc du mal à imaginer qu'une si parfaite et totale reddition puisse exister. Mais ce que j'ai entrevu dans les yeux de ce quasi inconnu, le miracle dont tout le monde parle mais que personne n'a jamais vécu.

      Assis tous les deux à la terrasse d'un café parisien, nous attendions la venue de X, notre ami commun. C'était la première fois que nous nous retrouvions seuls tous les deux sans la présence d'une tiers personne. Il était de ces "amis" que l'on ne voit qu'aux soirées des autres. Assez souvent pour se souvenir de nos prénoms ou pour apprécier notre compagnie mutuelle, un verre à la main. Mais pas assez souvent apparemment pour ne pas se trouver gêné par un long silence qui s'installe. En avance l'un comme l'autre à notre rendez-vous, nous échangeâmes des banalités polies, des souvenirs et anecdotes mondaines, feignant une complicité surfaite. Pourquoi ne pas profiter de ce moment pour mieux faire connaissance? Repartir sur de réelles bases amicales? C'eût été admettre que les simagrées que nous venions d'échanger n'étaient que de la poudre aux yeux. La timidité et la maladresse sont l'apanage des hommes.

      Après un chassé croisé de regards fuyants, j'aperçus au loin derrière lui, une femme qui se rapprochait. Corsaire ocre, talons aiguilles rouges, tunique chamarrée au tissu léger laissant les épaules pratiquement nues. Une belle métisse aux cheveux coiffés en une longue natte reposant au creux de la clavicule. Apprêtée avec goût, sans excès. Le genre de beauté qui ne me touchent pas d'habitude, et pourtant mes yeux ne pouvaient se détacher tandis qu'elle avançait vers nous, sans doute pour s'installer en terrasse elle aussi. Bientôt je fixais mon regard sur mon "ami", absorbé dans l'étude des nuages au dessus de mon épaule. Je voulais ne rien rater de sa réaction lorsqu'il verrait apparaître la féline créature.

      Distraitement, ses yeux l'accompagnèrent du regard alors qu'elle dépassait notre table pour s'installer. Curiosité paresseuse du mâle Lambda. Et puis, comme si quelque chose d'étrange avait capté son attention, il commença à se redresser pour mieux l'observer. Une lente ascension. Peut-être quelque chose dans la grâce de ses mouvements. La bouche entrouverte, sans un mot, il la fixa plus attentivement. Avant qu'un orage n'éclate, on ressent comme une tension électrique au niveau de l'épiderme. Les poils des bras se dressent. A fleur de peau. En observant les pupilles de mon "ami" se dilater c'est ce que je ressentis. Sans doute le reflet du Soleil sur la peau cuivrée de son cou. Peut-être cette mèche de cheveux qui avait échappé à la brosse et qu'elle remit d'un geste négligé en s'asseyant sur son siège en osier. Je devenais peu à peu transparent. Le monde entier était en train de disparaître autour d'elle. Les mains de mon acolyte agrippèrent soudain la table, et tout dans son corps indiqua qu'il était sur le point de se lever, saisi d'une folie passagère. Ça tient à peu de choses. La clarté de ses yeux noisettes. La façon élégante qu'elle eut de croiser les jambes. Cette petite langue rose qui vint attraper la paille de son diabolo. Les poumons de mon voisin se gonflèrent violemment. Comme s'il s'éveillait d'un rêve oppressant. Comme si c'était la première fois de sa vie qu'il respirait. Sous mes yeux, elle venait de frapper. La foudre. 
      Cet homme d'habitude si ordinaire, venait d'être transfiguré sous mes yeux en une existence supérieure. Je me sentis tout à coup ému aux larmes. Chaque fibre de son être se mettait à vibrer à l'unisson. On eut dit, l'espace d'un instant, qu'il dégageait de la lumière. Terriblement gêné aussi. J'assistais à cette scène si intime, mais qui étais-je pour lui? A peine une connaissance assistant au plus bel évènement de sa vie. Je ne me l'avouais qu'après coup, mais j'étais incroyablement jaloux également. Des sentiments que jamais je ne connaîtrai le possédaient si violemment qu'il failli en éclater. Il voyait soudain avec des yeux nouveaux, des choses que je ne verrai sans doute jamais. Investi par un désir de vivre et d'aimer d'une intensité hors de portée des simples mortels.

      Je ne sais pas si vous avez jamais été témoin d'une pareille scène, mais si oui, vous comprendrez alors pourquoi j'ai voulu la partager avec vous. C'est incroyablement beau, et ça m'a rendu si triste pourtant. Il a été voir la fille bien entendu. Les fous ne connaissent pas la timidité ni la peur, l'amour donne des ailes. La suite de l'histoire, je ne la connais pas. Je suis parti juste après. Je n'avais plus ma place dans ce tableau. L'effroyable sensation de n'être né que pour cet instant m'étreint. Etre le témoin de ce moment fugace où l'homme se transforme en dieu. Quand l'amour déchire le cocon d'une existence. Une chenille condamnée à regarder voler les papillons, pour toujours.  

mardi 12 juin 2012

Influence

         Je suis influent. Dix mille deux-cents trente et une personnes attendent chaque jour que je dise quelque chose d'intéressant. Je suis drôle alors je n'ai pas vraiment à me forcer. Je fais une blague, 135 personnes me retweetent. Je fais une photo de mon sandwich, 239 personnes aiment. Je dis que je vais chercher du lait à la supérette du coin, un millier de personnes me propose une bouteille. Je suis leur télévision, mais j'existe en vrai. Ils cherchent désespérément à attirer mon attention et ça m'exaspère. Je n'ai pas envie de lire leur blog, je n'ai pas envie de répondre à leur DM. Je ne connais pas ces gens, ils me font peur. Mais je leur dois beaucoup. Ils m'énervent. Je leur dis que ce sont des connards: "LOL t'es trop drôle!". Je chie sur leurs opinions gratuitement et ils s'excusent de les avoir un jour eu. Je lance des polémiques juste pour les voir se sauter à la gorge en mon nom. Certains me détestent et continuent de me suivre uniquement pour me pourrir l'existence. Ceux-là je les aime bien. Ils me font rire. Quand j'en ai marre, je les jette en pâture à mes bigots qui les dévorent tout cru. 
      J'ai beaucoup d'amis. Je vais à beaucoup de soirées. J'ai des invitations pour des spectacles et des festivals. Je rencontre beaucoup de gens. J'ai toujours un truc rigolo à leur dire: "Eh regarde, j'ai fait un GIF avec un chat qui fait caca dans la bouche d'un bébé." Je ne dors jamais. Parfois je me sens seul alors je leur parle, et ils me répondent. Je suis brillant et je suis content que les gens le reconnaissent. Ce que je n'aime pas c'est qu'ils soient tous si bêtes et inutiles. J'aimerais les gifler mais ils sont trop loin. Alors je les insulte pour qu'ils arrêtent de me suivre. Mais même ça, ça ne marche pas.
       Et des fois je travaille aussi. Au moins, là on me fout là paix. Mais je sais qu'ils grouillent dans l'ombre, attendant des miettes de moi. Une armée d'idiots courants en tous sens en attendant que je leur donne un ordre. Un signe. Une parole. Un GIF de lolcat. L'angoisse.

lundi 4 juin 2012

ProlapsPoésie

NDLA: Je voulais m'essayer à la poésie, en traitant un sujet méconnu.
Ne criez pas à l'hérésie, à bon entendeur salut! (Putain ça rime!)


Pratique primale pour certains
Sujet sensible s'il en est.
Jeux de mains, jeux de vilains?
Voyons l'effet que cela vous fait.

Dépassement du soi physiquement,
Où quand l'homme se transforme en gant.
Découverte intestine
Joie enfantine
Exposer, exhiber son moi profond
A celles et ceux qui le voudront.

Dévoiler son jardin secret:
Une fleur exotique au parfum entêtant.
Pourtour de pétales roses acidulés
Comme ornement d'un gouffre béant.

Célébrons le grand retournement
De la raison et de son fondement.
Sensations phénoménales
D'un prolapsus rectal.

lundi 28 mai 2012

You picked the wrong guy...

      Ca t'apprendra petit fils de pute! Tu m'as volé mon portable, moi je vole ta vie. Semer le vent, récolter la tempête. Ca te dis rien peut-être? C'est vrai, tu n'écoutes sûrement pas en cours. Tu n'as que ce que tu mérites enculé! Voilà ce que ça veut dire : tu vas crever connard! Toi qui jouais les fiers à bras..."Eh mec tu me prêtes ton portable? J'ai un appel super important à passer. Juste 30 secondes." Bien sûr j'ai répondu non. Je suis pas un couillon, et je me suis pas acheté un GS2 juste pour le filer à n'importe qui dans le RER. Alors, je me suis pris un coup de poing en plein sur la joue. Je n'ai senti la douleur qu'après. J'étais déjà le cul par terre et tu enchaînais avec des coups de pieds dans les côtes. "Tu m'le files maintenant ton portable enculé?" Tu n'aurais jamais du faire ça tu sais. Tu es la goutte qui as fait déborder mon vase. Le connard de trop dans une vie de merde. Tu payes pour les autres. Facile de te retrouver, tu es resté dans ma rame tout le reste du voyage à te pavaner et me traiter de "PD !".
      Ce que j'ai préféré, c'est ce visage surpris quand la lame s'est enfoncé la première fois dans ton ventre. Genre "putain il est ouf ce mec!" Ce genre de regard. Genre toi t'as le droit de me tabasser pour me piquer mon portable, mais moi je peux pas te filer un coup de couteau? J'ai pas trop suivi ce que t'as essayé de me dire ensuite. Sûrement une insulte. Un deuxième coup dans les poumons MEC, ça t'apprendra la vie. Et que je gargouille et que je fais des bulles quand je respire. Alors mec, t'es un dur ou pas? Pourquoi tu te pisses dessus alors enculé? T'as vu ce qu'il te fait le "PD"? Personne n'a rien remarqué. Tu penses, les gens ne veulent surtout rien voir. Ils ont fait quoi les gens quand je me suis fait dépouillé? Que dalle! Ils ont fait que dalle ces enfoirés, et ils feront rien pour toi MEC! Faut pas me regarder comme ça tu sais, ça va rien changer. Au contraire, ça me donne des idées. Le train suivant arrive déjà en gare : on parie qu'il te verra pas à temps MEC? Je vais enfin savoir à quoi ça ressemble quand un type se fait rouler dessus par le RER. Toi aussi tu vas savoir! T'es pas content MEC? Le train arrive, t'es prêt MEC? 3...2...1...

mercredi 16 mai 2012

Souvenirs de vacances (2)

Au cas où vous débarqueriez, le début de l'histoire c'est ici: Souvenirs de vacances.

Je me réveille en sursaut. L’espace d’un instant, je me suis assoupi sur mon transat près de la piscine. Rapidement, je vérifie que personne ne s’est aperçu de mon absence passagère. Les animateurs font un sketch à la Benny Hill en se courant après autour de la piscine accompagnés par la musique ringarde de l’émission. Aux 4 coins de l’esplanade, fusil à l’épaule d’autres animateurs surveillent la scène. Ils ont l’air moins détendus, eux.

Comment ai-je pu m’endormir dans ce vacarme ? C’est sûrement l’alcool. Le bar de l’hôtel nous en sert à volonté. Coup d’œil au bracelet rouge à mon poignet. Sur simple présentation de ce petit bout de plastique, cocktails et buffets à volonté. Boire et manger, ça nous occupe. Boire surtout, ça nous fait tenir. Ça nous fait oublier aussi. Oublier le gros René. Plus large que haut, les joues rouges et la blague facile malgré l’adversité. Il a simplement refusé de participer au tournoi de pétanque du 2e jour. D’un coup de machette, ils lui ont ouvert le ventre devant tout le monde. Ses entrailles se sont répandues instantanément à ses pieds dans un chuintement visqueux. Boire pour oublier ses cris d’agonie, son visage. Les animateurs nous ont forcés à faire la chorégraphie du club devant lui. Les réticents se sont pris une balle dans la tête. Les autres ont dansé. J’espère qu’il aimait la Macarena car c’est la dernière chose qu’il a vu avant de s’effondrer dans ses propres entrailles.

Boire c’est tout ce qui nous reste. Même se nourrir est devenu une épreuve. Au réfectoire, parqués les uns contre les autres, nous effleurons à peine nos assiettes. Qui pourrait avoir de l’appétit dans pareille situation, à part Wallid peut être. Le chef des animateurs se bâfre tous les jours. Se goinfrant joyeusement à tous les repas, faisant d’innombrables aller-retour jusqu’au buffet, un sourire joyeux aux lèvres. Un adolescent en pleine croissance. En d’autres circonstances, il en serait presque attendrissant de naturel. Souvent, il vient s’assoir avec nous pour faire la conversation. « Alors, ça va le jeunes ? ». Que voulez-vous répondre à ça ? Je fixe mon assiette avec intensité en pensant à autre chose. A René, le gros syndicaliste qui n’a pas voulu fermer sa gueule. Comment honorons-nous son courage ? En riant jaune aux blagues graveleuses des animateurs ? En bronzant au bord de la piscine ? En applaudissant au spectacle chaque soir ? Le spectacle…Ca me revient soudain, il faut que je me dépêche d’aller en salle de répétition. Je dois m’entraîner pour le spectacle de ce soir : Dirty Dancing. Je fais la fille, Baby. Le porté est difficile. Qui sait ce qu'ils pourraient nous faire si on venait à le rater.

Je me dégoûte. Une bande de rats, de lâches. Voilà ce que nous sommes.

lundi 14 mai 2012

Souvenirs de vacances

        Le bandeau sur les yeux j’avance à petit pas. Voilà plus de trente minutes que nous marchons de la sorte, lançant un pas après l’autre dans l’obscurité espérant trouver le sol sous nos pieds. C’est épuisant. La lumière du Soleil brûle ma peau. La chaleur est insupportable et la chemise cintrée que j’ai eu l’idiotie de choisir ce matin pour aller à l’aéroport est sûrement maculée de larges auréoles de transpiration. « Avance ! » m’invective-t-on en me poussant dans le dos. Je manque de trébucher mais parviens à me rattraper in extremis. D’autres avant moi sont tombés, ceux-là je ne les entends plus. J’en conclus qu’il ne vaut mieux pas tomber. « Où est-elle ? Où est ma femme ? » demande nerveusement quelqu’un derrière moi. C’est la voix d’un vieil homme. Une voix éraillée chevrotante. Le pauvre homme, on lui a enlevé sa moitié, il semble perdu. « Elle est avec les autres femmes. Elles vont dans un autre camp. T’inquiètes pas papy, on va bien s’occuper d’elle. » répond l’homme qui m’a sûrement poussé à l’instant. J’entends un bruit sourd et un corps qui chute au sol. Le vieil homme se met à geindre, à sangloter sûrement. Je ne peux rien faire. Je dois continuer d’avancer ou bien c’est moi qui finirai par terre. Notre bourreau part dans un grand éclat de rire. Ce rire me glace le sang. C’est un rire clair. Une voix aérienne, jeune, très jeune. Je lui donne à peine 18 ans. Qu’est-ce qui peut mener un enfant à commettre ce genre d’atrocités de son plein gré. Le désespoir ? Le chômage ? La pauvreté ? Le manque d’éducation ? Pas le temps de réfléchir, je dois continuer d’avancer. Un pas après l’autre. Les minutes passent et le vieil homme continue de sangloter, pendant un temps indéterminé. Longtemps. Et puis notre jeune bourreau reprend la parole : « C’est bon, vous êtes arrivés. Vous pouvez enlever vos bandeaux. ». Nous nous exécutons comme un seul homme. La lumière éclatante me brûle les yeux. Après quelques secondes de mise au point, je discerne enfin correctement le paysage. Des palmiers, une grande piscine à débordement, eau limpide, bleue turquoise. Nous sommes à l’entrée d’un grand bâtiment design aux larges bais vitrés. Un hôtel. Je ne comprends pas. Où sommes-nous ? Pourquoi nous avoir enlevé ? Que faisons-nous ici ? La même stupeur semble frapper mes camarades d’infortune. Un assemblage hétéroclite de personnes âgées, de piliers de bars ventripotents aux joues rouges, de familles… Nous échangeons des regards inquiets sans trop comprendre ce qui nous arrive. Soudain, en hauteur en travers de la façade de l’entrée de l’hôtel, je remarque une banderole rouge écrites en larges caractères blancs. Ce que je lis n’a aucun sens. Pourtant, plusieurs voix enjouées répètent les mêmes mots que je viens de lire. «BIENVENUE AU CLUB LOOM !!» lancent en cœur plusieurs jeunes personnes qui se dégagent de la foule. Des jeunes hommes et femmes de 18-20 ans, beaux et bronzés, même short rouge et T-shirt blanc, une arme en bandoulière. Ils se rassemblent face à nous tous devant les portes de l’hôtel et répètent à nouveau, sourire d’un blanc éclatant aux lèvres, armes pointés dans notre direction : « BIENVENUE AU CLUB LOOM !! BIENVENUE EN VACANCES ! ».

       Si la suite vous intéresse: suffit de demander.

jeudi 12 avril 2012

Le pervers

Note de l'auteur:
 Le texte qui va suivre est très particulier et va sûrement vous choquer. Mais surtout, si vous décidez de le lire, LISEZ LE JUSQU'A LA FIN car il n'est pas dénué de sens.
Pour ce texte, il fallait que je me dépasse, que je repousse mes limites habituelles. Fini, la sensualité et l'érotisme. Aller chercher du côté obscure de la perversité, la déviance, la maladie mentale. C'était un travail assez éprouvant. Mais enrichissant dans un sens.
Je le répète, je suis quelqu'un d'équilibré et de sain d'esprit, alors si vous ne lisez pas jusqu'à la fin, vous ne saurez pas ce que je voulais dire avec ce texte. Âmes sensibles et -18 ans s'abstenir.



Lorsque je t’ai aperçue, me donnant si innocemment le dos,  j’ai tout de suite su que ça serait toi. Jambes finement galbées dans un collant résille à motifs. De petites fesses rebondies moulées dans un très court short en jean coupé. Un large T-shirt gris imprimé "BITCH", repose mollement sur ton corps, épousant l'arrondi de tes seins, glissant de ton épaule, découvrant largement ta nuque bronzée, marquant la cambrure de tes reins. De longs cheveux châtains clairs aux mèches blondes qui ruissellent dans ton dos. Une silhouette élancée, pleine de vie. Une étudiante sûrement. Pourtant, un charme adolescent.
Malheureusement,  je ne peux plus m’attarder dans l’étude de ton corps, la masse compacte des salariés pressés derrière moi exige, par poussées intermittentes, que je m’avance enfin dans la rame. Les passagers ont fini de descendre, l’instant est crucial. En quelques foulées, parvenir à me placer près de toi et laisser la foule faire le reste du travail. Au fur et à mesure que le wagon se remplit nos corps se rapprochent, s’effleurent, puis se touchent totalement. Tu dodeline de la tête en secouant tes cheveux, l’air de rien, de la musique dans les oreilles. Le signal de fermeture des portes retentit, mais des gens continuent de monter au mépris d’élémentaires soucis de civilité. Je les en remercie, car à présent mon corps est totalement blotti contre le tien. Ma pauvre enfant, te voilà tout à fait coincée contre la barre, emprisonnée par une muraille d’épaules et de mallettes.
Et derrière toi, il y a moi, emboité dans une position inextricable. En équilibre précaire, les bras soudés les long du corps par la pression des autres usagers, incapable de faire le moindre mouvement pour me dégager. La foule nous comprime l’un contre l’autre. Mon entrejambe collé à ton short, mon buste tout serré contre ton dos. La plupart des gens seraient terriblement gênés dans une telle position, mais moi, je ne boude pas mon plaisir. Les portes se ferment enfin et le train se met en branle, ballotant nos corps l’un contre l’autre. Tu es plus petite que moi, ainsi j’ai le nez au sommet de ton crâne que je peux humer à loisir. Tes cheveux sentent bon. Une senteur exotique et sucrée. Dans tes fines oreilles au duvet doré, des écouteurs diffusent une musique que je ne reconnais pas. Quelque chose de rythmé en tout cas. Tu te balances, ondules, imperceptiblement au rythme de la musique, pressant de tes fesses mon sexe qui durcit.
Tu sais ce que tu fais, provocante. Peu à peu tu me rends fou.  Ton parfum m’intoxique, parasite mon cerveau. Ces légers frottements de nos tissus, je les ressens à présent dans tout mon corps. Chaque fibre résonne en moi.  Peu à peu je me laisse envahir par la montée du désir. Une intense chaleur diffuse depuis mon bas ventre à travers tout mon corps. La chaleur de ses cuisses, de son con qui m’attend. Mon sexe, s’est fait pierre, palpitant et sensible, prêt à exploser. Des bouffées de chaleur m’envahissent par vagues successives et tu continues de danser. Insolente petite pute. Tu fais semblant que je n’existe pas, mais tu as mis le feu aux poudres. Je ne cherche pas à juguler les émotions contradictoires qui m’assaillent, je me laisse envahir tout à fait. Délicieuse perte de contrôle programmée. Le corps qui palpite au rythme du sang pulsant dans ma verge. Les poumons saturés de sensations qui affluent. La peau à vif. Ma raison se dilue un peu plus à chacun de tes mouvements de bassin. Et le parfum de tes cheveux qui me rend fou. Il monte à mon cerveau détruire mes neurones, dissoudre ma volonté.
Ce moment où mon corps semble développer sa propre conscience, je presse un peu plus mon aine contre tes fesses. Tu fais mine de soudain réaliser ma présence. Tu te retournes, feignant un air indigné en sentant mon vit qui palpite entre tes fesses rebondies. Le rouge t’es venu aux joues. C’est mon sexe qui te met dans de tels états jeune fille ? Tu n’as pas à faire semblant devant ces gens, avec cet air outré. Ton regard noir, ta petite bouche boudeuse. J’imagine ces lèvres minuscules qui s’ouvrent en grand pour engloutir ce tison ardent qui brûle mes cuisses à présent. J’ai soudain envie de lécher ce visage mutin. De t’agripper violemment par les joues et parcourir tes paupières, ton front, ton menton avec ma langue. Te salir car tu es tellement belle. Petite garce, tu fais bien semblant d’être dérangée alors que tu m’excites depuis tout à l’heure avec ce corps effronté. Ce que j’aimerais libérer de leur prison ces seins ronds qui donnent un si joli relief à ton T-shirt. Mon corps frémit tout entier à l’idée qu’il serait si facile de déchirer ce bout de tissu inutile. Déchiqueter ces fripes pour admirer la splendeur de cette peau ferme et délicatement ambrée, la façon dont se tiennent tes seins. T’arracher ce short, déchirer tes sous-vêtements, tes collants. Caresser cette toison bien entretenue en petit triangle, car tu es ce genre de jeune fille perverse qui jouent les innocentes mais qui s’épilent le sexe pour se faire prendre par le premier venu. J’enfilerai deux doigts dans ton con déjà trempé, car tu mouilles, oui je le vois bien malgré tes faux airs outrés. Je me délecterai de cette expression lubrique qui passera sur ton visage d’ange quand mes doigts s’enfonceront profondément. Très vite, je n’y tiendrais plus, enlevant mon pantalon d’un geste, je planterai mon vit brûlant en toi. A voir ton corps si menu, tu dois avoir une chatte bien serrée. Quelle bonheur ça serait de le sentir s’enrouler autour de moi, me presser la moelle, me téter jusqu’à la dernière goutte. Mon cœur s’emballe. Rien que d’y penser, j’ai du mal à respirer, je deviens fiévreux.
Je dois faire peur à voir car tu prends un air dégouté. Tu as réveillé la bête tapie au fond de moi, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Tu ne peux même pas fuir, le destin nous a réunis et la foule nous tient prisonniers l’un de l’autre. Avec de minuscules pas, tu tentes de passer de l’autre côté de la barre, mettre un obstacle entre nous. Mais l’entreprise n’est pas aisée. Des employés de bureau, tailleurs et costumes, casques sur les oreilles, livres à la main, t’empêchent de progresser du moindre centimètre. Tu te tortilles néanmoins frénétiquement dans l’espoir de m’échapper, mais ces mouvements nerveux de fesses et de bassin frottent énergiquement mon entrejambe d’une délicieuse façon. Je me presse encore un peu plus contre toi. Mon cerveau est vide, mon esprit est blanc, ma poitrine me fait mal. Tu te démènes à présent pour tenter de mettre de la distance entre nous. Ton corps mince qui se trémousse. Je perds la raison. Je ne suis plus qu’un pénis turgescent et des couilles vibrantes, prêtes à exploser.
Je t’imagine nue à nouveau. Je suis derrière toi. Je m’enfonce dans ton petit cul serré. Tu t’agites nerveusement en poussant de petits gémissements de truie en chaleur. Ta crinière qui ondule, ta peau bronzée. Tes fesses fermes qui rebondissent au rythme de mes reins. Je viens d’atteindre le point de non-retour. Je vais jouir je le sens. Ici, dans cette voiture de RER. Debout, au milieu de ces inconnus. Je ne vois plus rien. Comme un poisson, ma bouche s’ouvre et se ferme à la recherche d’un oxygène disparu. Chaque muscle de mon corps se tend à l’extrême. Mes mains agrippent tes deux poignets que j’attire à moi avec force. Collée contre moi, tu te débats en hurlant. Je n’entends plus. Je ne vois plus. Mais dans ma tête j’ai ton visage. Ta petite bouche aux lèvres d’un rouge tapageur entrouverte dans l’attente de ma semence. Ton regard espiègle qui m’invite à jouir sans retenue. Ce visage de petite catin lubrique.
Ah…J’y suis. Vite ! A la hâte je baisse ma braguette et place mon sexe dans tes mains. Je jouis. Un long et puissant râle s’envole de ma gorge tandis que j’envoie la purée. Dans mon rêve, je t’éclabousse et recouvre ton beau visage de giclées blanches que tu lapes goulument et recueilles du bout du doigt. Dans le RER, je sens tes doigts qui tentent de m’échapper, mais l’extase me donne une puissance insoupçonnée. De longs jets brûlants viennent souiller tes petites paumes et tes vêtements sexys. Ca ne veut pas s’arrêter. J’agite frénétiquement tes mains poisseuses sur mon vit. Je jouis sans fin et mes poumons vibrent de ce cri qui me vide.
En entendant tes cris de panique et mon hurlement bestial, les gens se sont écartés et tu réussis à te dégager. La foule me regarde partagé entre le dégout et la haine. Je les vois comme à travers la brume, spectres d’une autre réalité. Je suis un monstre. Le sexe à l’air, je continue de jouir, le corps secoué de spasmes. Et puis le premier coup s’abat sur moi, me ramenant à la réalité. Au visage, de plein fouet. Je recule en titubant sous l’impact et les gens s’écarte sur mon passage. Je suis une ordure dégoutante, personne ne saurait vouloir me toucher. Ca ne s’arrête pas tout de suite pourtant. Encore tétanisé de plaisir, je reprends enfin mon souffle et la douleur me cueille stoppant net tous résidus de plaisir. La brume disparaît soudain. Ils sont là, tous à me regarder. Les poings serrés, les mâchoires crispées. Derrière eux tu pleures. Calmement, mais d’un geste rapide, je remets mon sexe en place et referme ma braguette. Au moins ça qu’ils n’auront pas. Ils vont me tabasser je le sais, pour se défouler un peu sur le pervers. Et puis ils appelleront la police. Je peux endurer leurs coups. Je peux endurer l'emprisonnement. Ça ne me dérange pas. La prison est un endroit confortable, et je n’y serai sûrement pas très longtemps de toute façon. Je suis un homme patient. Après quelques temps, je sortirai de nouveau. J'arpenterai les rames de RER bondés, à la recherche d’une nouvelle fille docile comme toi.